
Les deux compères du film La nuit du 12 (Dominik Moll et Gilles Marchand) se sont remis au travail pour proposer Dossier 137. Une commandante, avec son équipe, de l’IGPN enquête sur les violences policières. Ils sont saisis par la mère d’un jeune de vingt ans touché par le tir d’un LBD, un soir de manifestation des gilets jaunes à Paris.
Avant, cette scène, le film s’ouvre sur l’intérieur d’une voiture, trois jeunes gens à l’arrière, qui se filme entrain d’interpréter une chanson populaire. À plus de vingt ans, il se retrouve sur la banquette arrière derrière leur mère, heureux de sortir de leur routine, pour monter à Paris. Certainement, un premier voyage ensemble qui rappelle l’enfance. Une manif, façon fête de l’Huma… pour aller dire à ceux d’en haut qu’on existe !
Ces jeunes ne sont pas des casseurs. Ébahis devant les beautés de la capitale, ils seront effarés de la répression subie. Et puis, à la faveur d’un mouvement de foule, le fils et l’ami de la sœur se trouvent séparés du reste du groupe avec la mère. Le fils est transporté à l’hôpital dans un état grave. L’ami de la fille passe en comparution immédiate et fait trois mois de prison.

Le recul de l’état de droit
Le film s’attache à suivre la commandante Stéphanie (Léa Drucker), avec son équipe, dans la rigueur administrative de son enquête. Le film relève la corruption de l’État de droit par une justice aux mains du gouvernement. Et, ce constat, le film le met en lumière avec justesse, sans faillir.
Film politique ? Certes, en regardant défilé les images, on ne cesse d’y songer. Seulement, il n’est jamais militant !
Les faits, nous les connaissons tous: « Deux mille-cinq cents blessés, trois cent quinze traumatismes crâniens, vingt-quatre yeux crevés et cinq mains arrachées, un mort. » précise Clément Viktorovitch dans un de ses essais. Rappelons-nous cette sexagénaire à sa fenêtre à Marseille, handicapée pour le restant de sa vie ! Et la justice a conclu à un non-lieu !
Dominik Moll et Gilles Marchand dénoncent l’impunité des bavures policières qui n’ont pas été reconnues et sanctionnées, car en face il y avait de la violence ! Ils dénoncent le gouvernement qui, inexpérimenté, a mis des forces policières en situation de danger sans les encadrer. Au lieu de reconnaître ses erreurs, le gouvernement a couvert des agissements qui déshonorent la police tout entière. Et la colère de ceux directement touchés et des autres, affectés par ces agissements, est toujours présente. Comment imaginer qu’elle puisse se dissoudre dans le quotidien !

Le retour de culpabilité sur l’individu
Dans le film, la cheffe de Stéphanie, au lieu de soutenir son employée, la culpabilise par un élément que je ne peux révéler sans divulguer. Particulièrement bien identifiée, cette façon de diriger des équipes, nous la connaissons: « Il suffit de traverser la rue, pour trouver du travail ! ». Le nombre important de burn-out démontre que la société est rendue malade par cette manière de diriger.
Car, le burn-out n’est pas uniquement un rapport d’emprise d’un chef sur un ou une de ses salarié(e)s, c’est un système de management conduit à l’extrême pour amplifier les rendements, pressuriser les salariés et imposer des cadences et des résultats, du « faire plus en étant toujours moins« , si actuel, dans notre période de crise. Stéphanie, l’enquêtrice, reçoit l’accusation de sa chef. Pour se défendre, elle livre une réponse que j’aimerais prendre en note, tellement elle semble juste.
Alors, à l’image de Léa Drucker sur son canapé, il ne lui reste plus qu’à scroller sur son téléphone à découvrir des vidéos de chats pour trouver un peu de plaisir à la vie.

Magistrale interprétation de Léa Drucker
Rien ne bouge sur son visage, son ton lors des interrogatoires est, presque, toujours le même.
C’est son corps, parfaitement immobile et ses yeux qui parlent. Ils hurlent la colère devant l’injustice et le mépris des chefs, devant les mensonges.
Avec ce rôle, Léa Drucker est en bonne place pour un prix, lors de la prochaine cérémonie des Césars, en février 2026.

En conclusion,
Difficile personnellement, vous l’avez constaté, de donner mon avis sur le côté prises de vue et montage, tant j’ai été happée par ce film que j’ai trouvé tellement juste, tellement sensible, exprimant ce que j’avais tu depuis ces événements. Bref, un film social qui interroge sur notre époque.
L’affaire qui a inspiré le film
Le drame qui a inspiré ce film est celui d’un jeune Sarthois de 21 ans, Gabriel Pontonnier, qui a eu une main arrachée par une grenade GLI-F4 (grenade lacrymogène à effet de souffle contenant une charge explosive) lancée par un CRS le 24 novembre 2018 (Acte II) sur les Champs-Élysées. Il a subi 27 opérations. Son frère et son cousin ont été également grièvement blessés par cette grenade. Le policier, poursuivi pour blessures involontaires, n’ayant pas pris les précautions nécessaires, a été jugé en septembre et relaxé le 17 octobre. Médiapart
Du côté des critiques : Télérama
Questions pratiques

Dossier 137
Réalisateur : Dominik Moll
Présenté en Compétition au Festival de Cannes 2025
César 2026 Meilleure actrice Léa Drucker
Acteurs : Léa Drucker – Guslagie Malanda – Mathilde Roehrich
Distributeur Haut et Court X : – Instagram : – TikTok :
– Pays : France – Durée : 1h55 minutes – Sortie nationale : 19 novembre 2025

Bonjour Matatoune. Belle chronique pour ce film que j’aimerais bien voir. Léa Drucker joue toujours très bien. Bonne journée
Elle y est excellente, en effet ! Excellent week-end 🌞
[…] (je vous invite par ailleurs à lire les avis de l’excellent Florent (princecranoir) et de Vagabondageautourdesoi (elle parle aussi de l’affaire bien réelle qui a inspiré le film), avis qui m’avaient […]
L’actrice Léa Drucker est tout à fait juste dans ce rôle. (Elle est comme Isabelle Huppert, toujours parfaite !)
Le film est passionnant et semble proche de la réalité. J’ai adoré
Oui, je suis d’accord ! Moi, aussi, adoré ! 🙏🎄🎁
Je me souviens effectivement de ces événements dramatiques. Un film à voir, donc !
Pour moi, oui ! Bonne semaine
C’est clair que l’état de droit recule partout en Europe et on ne parle même pas de ce qui se passe chez Trump. Bon week end
C’est déprimant mais gardons les yeux ouverts et comme l’a dit Joan Baez dans une interview, gardons notre capacité à la bonté et à l’empathie ! ❤️
Un film que je n’avais pas spécialement envie de voir, mais des avis très positifs, dont le tien, me font changer d’avis.
Pourtant, les critiques sont moins élogieuses que pour La nuit du 12. Les féminicides font plus consensus actuellement que les violences policières 😉
Il me tente beaucoup ce film. J’avais adoré dans le même style « La nuit du 12′ qui était du même réalisateur, il me semble. Merci pour ce retour Matatoune 🙂
Comme je le disais, les critiques sont moins élogieuses que pour la nuit du 12, reprochant au film de sembler neutre, alors qu’il ne cesse de prendre position.
Excellente continuation ✨️📚
Entendu parler de ce film. J’aimerais aller le voir…
Tu me diras, alors …
je ne connaissais pas du tout ce film. Effectivement indispensable d’avoir le courage de raconter de près de telles injustices et dérapages. Merci de ce retour.
Il me semble, en effet, important ! Excellent week-end à venir 🔆📅🎄
Magistrale Léa Drucker!
Je l’ai trouvée vraiment fantastique ! 🔆