
Quelle autofiction de Justine Levy ! Un écrit d’une importante intensité, dévoilant toute son intimité sans être impudique, sans être déplacée et sans être dans la victimisation. À chaque ligne, justesse et sincérité. Simplement, une femme raconte sa propre mère avec ses égarements, ses colères, ses excès, son impudeur, son amour et ses sentiments mitigés de la petite fille qu’elle était.
Cette femme de cinquante ans qui souffre encore de n’avoir pas vécu une enfance comme tout le monde, ou plutôt comme doit se dérouler la jeunesse, insouciante et naïve. Elle s’est inquiétée et lorsque cette mère fantasque est morte d’un cancer, elle ne s’en est pas remise.
Alors, Justine Lévy enquête pour retrouver pourquoi et quand, ça a commencé, le malaise de sa mère, qu’elle lui a transmis. Mais, que trouver encore, après vingt ans ? À chaque fois, des questions sans réponse : Pourquoi se bousiller autant ? Qui trouver pour lui en parler, pour qu’elle aille mieux ? Tout le monde s’y met. Son père convoque ses souvenirs. Son compagnon la soutient dans cette recherche qui ne semble pas avoir de fin.
Mise à nue
Et, toujours, comme un leitmotiv, ses faiblesses qui l’envahissent, ses angoisses invalidantes, ses envies de se retirer du monde, comme les siestes de sa mère, lorsqu’elle attendait que ces rêves chimiques se dissipent. Cette quête, Justine Levy la partage sans fard, comme si son écriture lui servait de catharsis. Le style est travaillé à la virgule près, et rend compte de toutes les tergiversations dont la pensée obsessionnelle est capable.
Au fil de l’enquête, qui conduira Justine Lévy de Bretagne en Inde, le portrait se complète. Il montre le lent cheminement vers l’intériorisation et l’appropriation de l’absente. La femme, devenue mère à deux reprises, devient indépendante par rapport à la stature du père, et par rapport au mal-être de la mère.
Ce récit, Une drôle de peine, est la première autofiction que je lis de Justine Lévy. Il saisit par son authenticité. L’écriture est spontanée et profonde à la fois. Avec une certaine ironie, Justine Lévy énumère les éléments qui l’empêchaient d’être sereine et apaisée et se charge de les disséquer, de les décortiquer pour en anéantir leur portée nocive. Un récit de vie universel, loin des paillettes et du buzz. À découvrir vraiment !
Remerciements
Aux Éditions Stock et à NetGalleyFrance
Pour aller plus loin

Puis quelques extraits

Alors je m’évanouis. Quand je me réveille c’est trop tard. Le cercueil est dans la tombe. Mais mon enquête commence. Je suis sûre que maman s’est échappée, les mères reviennent toujours.
Personne ne sait que je me cogne partout et tout le temps au manque de maman, à la peur de lui être infidèle ou, au contraire, de lui ressembler.
Maman ne passait pas son temps à siester pour échapper à la vie. Il n’y avait pas d’histoires de seringues, de dealers, de compte à découvert, de papa qui venait à son secours, de police. Je courais dans les dunes . J’étais bronzée des avant-bras et des mollets. C’est un souvenir si doux que parfois je me demande si c’est le mien.
Maman tu es là ? Maman tu reviens quand ? Maman ne répond pas, Maman a laissé sa place dans le monde des autres, les vraiment occupés, les vraiment sérieux, les vraiment faits pour vivre et je n’ai plus que ma bouche pâteuse, et un précipice devant moi.
Et encore,
J’ai couru après maman toute ma vie, je l’ai cherchée partout , tout le temps, j’en ai fait des livres, toujours les mêmes, et maintenant, c’est en moi qu’elle se cache et en moi qu’elle surgit.
Elle a gardé ce rire d’enfants qui n’a pas le droit, ce rire volé au sérieux du monde, ce rire qui passe en douce et qu’elle m’a refilé, mais en moins bien, car moi j’ai un rire moche, un rire tempête, un rire après moi le déluge, un rire disgracieux qui fait honte à mes enfants.
Aurait-elle pu imaginer que, parfois, c’est ce qui vous tue qui vous fait vivre ?
Oui, à la fin des années 1970, elles l’ont bien compris, maman, Violaine et leurs copines, après tous ces siècles de temps perdu, gâché et volé aux femmes qui ont autre-chose à faire que pondre et élever leurs marmots: l’éducation est un concept ringard.
Quand la douleur passe de la tête au corps, c’est bon, c’est la fin, c’est des microbes, des virus ça se gère, ça se partage !
Tu vois, maman, je ne serai pas tellement plus heureuse que toi. Je resterai, comme toi, championne ex aequo du mal qu’on se fait à soi, du renoncement, des décisions pas prises, du travail pas fait, des journées entières à dormir, des nuits somnambules, de la vie gâchée.
Ici en bref




Questions pratiques

Justine Lévy – Une drôle de peine
Rentrée littéraire 2025
Instagram : @justinelevy
Éditeur : Stock – X : @EditionsStock Instagram : @editionsstock – Facebook
Parution : 20 août 2025 – EAN : 9782234094048 – Lecture : Juillet 2025

Bonjour Matatoune. C’est sans doute bien écrit mais je n’ai pas envie de connaître des tourments supplémentaires. Bonne journée
Certes, mais, et c’est aussi l’intérêt de la littérature, d’apprendre par le récit d’autres ou des histoires inventées à prendre du recul par rapport à soi !
Mais, c’est sûr que Justine Lévy, malgré son message de réhabilitation, n’est pas trop légère dans ce roman là. Elle décrit une enfance inquiète et soucieuse qui l’a fait toujours souffrir !
Excellente continuation 🎒📓🖋
Je devrais le lire bientôt 😉 J’adore la lire en auto fiction.
Moi je l’ai découverte et j’avoue être subjuguée par sa présence et sa sincérité ! Je lirai ton avis avec plaisir !
C’est tout à fait ça ! 😉 Merci
je ne suis pas très fan d’autofiction, mais cela a l’air très réussi!
J’ai été saisi de la façon de raconter ses tourments et de chercher à les apaiser !
merci pour les infos people ! je ne la connais pas du tout, mais une écriture intime, j’aime alors pourquoi pas.
J’ai aimé cette « impudeur » littéraire, cette façon de penser qu’on ne peut mentir à l’écrit, que c’est le lieu où tombe les masques et où la recherche sur soi-même doit être la plus vraie. J’attends d’autres retours pour savoir si mon ressenti est partagé. En tout cas, une écriture qui m’émeut bcp 😊
Je la connais de nom bien sûr 😉 mais je ne l’ai encore jamais lu. Merci pour ce retour Matatoune, passe un bon weekend 🙂
Merci bcp ! Justine Levy m’avait déjà émue dans le fils lorsqu’elle disséquait le rôle de la mère d’Artaud. Ici, de ce portrait de mère évanescente du début, non protectrice et obnubilée par sa propre expérience, elle en fait un point d’ancrage qui lui permet de dépasser ses inquiétantes pensées. Une autofiction, ou roman. qu’on ne peut découvrir qu’avec ses émotions ! Très bon dimanche aussi 🌞⛱️🕶
Je ne connais l’auteure que de nom… A découvrir…encore !
Oui, elle « bénéficie » assez négativement de l’image de » petite fille riche » avec ce père, bien encombrant ! De plus, son ex-mari, le sulfureux Raphaël Enthoven l’a trahit publiquement avec Carla Bruni. Bon j’arrête avec la chronique Pure People 🤣. Seulement, je trouve qu’elle construit une œuvre singulière, sensible et assez courageuse. En tout cas, celui-ci avec les codes de l’autofiction porte des accents universels. Bref, j’ai bcp aimé 😉
Un livre qui n est pas pour moi. Bon dimanche 😊
Lu également, et tout comme toi, c’était mon premier récit de l’auteure. Quelle sensibilité dans cet écrit. Ma chronique arrive bientôt. 🤩
Je l’avais découverte dans son dernier roman Son fils où elle étudiait les liens étroits entre Artaud et sa mère. Celui-ci est son écriture intime, et quelle sensibilité ! Je lirai avec intérêt ta chronique !