
Marius Degardin propose un premier roman, Les mandragores, troublant et surprenant à la fois, à l’écriture gouailleuse et poétique. Les mandragores sont des plantes qui poussent sous les pendus, dit la tradition. Ce roman raconte que la vie peut surgir de la souffrance. Il est une plongée dans la folie d’un père et son retentissement sur une famille, la baignant dans la violence, l’inceste, les déviances sexuelles, les addictions, les scarifications et même le suicide, comme seule fuite à l’emprise, même à distance. Pourtant, Marius Degardin raconte l’horreur sans en avoir l’air, sans se vautrer dans la victimisation.
Cette aptitude à choisir la lumière plutôt que la noirceur, rend ce roman particulièrement étonnant. Ce récit raconte par la voix du cadet, l’histoire de quatre enfants d’une famille italienne au retour de la mère. C’est aussi l’histoire d’un jeune homme, atteint d’une mélancolie pernicieuse, qui va peu à peu s’en détacher.
Une famille ?
À Amore e Gusto, ils vivent dans un ancien restaurant. Des enfants sans parent « Une fratrie d’Italiens qui pieute dans une brasserie de ritals en perdition, ça n’avait choqué personne dans le quartier. » Il y a Primo, l’aîné, l’assurance de la famille. Il est violoniste classique, garant de l’histoire familiale, placé par le père dans une famille bourgeoise pour y être protégé, soi-disant, et qui devient l’objet sexuel du patriarche.
Pietro, le suivant, l’aveugle alcoolique, est l’assurance et la sérénité. Il est pianiste de jazz dans une maison close. La sœur au bec-de-lièvre, Chiara, révoltée, est accoucheuse le jour et danse la nuit, pour oublier. Puis Benito, le cadet, silencieux chez lui mais c’est lui qui raconte. Benito, ce prénom donné par un père qui, dès sa naissance, l’humilie ! Père, absent et sa mère est partie depuis une dizaine d’années !
Impressionnant !
Il y a quelque chose dans la langue de Marius Degardin qui empêche le pathos et le larmoyant. Mélange de gouaille populeuse et de poésie qui subjugue complètement. La longue narration de Benito Chipriani, que l’école réussit à appeler Benoît la mène au jour où son frère aîné lui annonce le retour de sa mère. Alors, sa solution est un suicide, en fait raté qui le conduit à Sainte-Anne !
Trois parties composent ce roman : la présentation de la famille, son histoire et ses violences, le trou noir à l’hôpital psychiatrique où hallucinations et rencontres réelles ponctuent le lancinant quotidien puis la renaissance, pour une parole qui chemine vers l’apaisement ! Parallèlement, au récit de cette fratrie, se mêle le récit d’une immigration, les ravages de la guerre d’Algérie, dont on parle encore trop peu, et les violences sociales. Ainsi, c’est le portrait d’enfants sacrifiés que propose Marius Degardin. Alors, la renaissance du cadet, la sérénité du second et enfin, la quiétude pour l’aîné et la sœur, sont autant d’espoir pour une génération propulsée au cœur des inquiétudes actuelles.
En conclusion,
Marius Degardin nous entraîne dans son monde avec cette écriture si personnelle et inventive. Il fait porter à Benito, avec sa majorité toute nouvellement acquise, un œil naïf sur le monde qui l’entoure et nous invite à partager sa vision. Il sait nous narrer des situations où le mal et la noirceur sont dépassés. Marius Degardin propose cette histoire pleine d’espoir, où les sentiments qu’elle exprime sont d’une justesse et d’une intensité particulièrement affûtées.
Un stupéfiant premier roman !
Remerciements
Aux éditions du Panseur
Puis quelques extraits

Un truc qui vous colle une pression monstre : comment vivre pour les autres quand on n’y arrive plus pour soi-même ?
Rouge, rouge, rouge ! Le communisme du cul. C’était plutôt généreux de nous masquer comme ça de la timidité.
J’aimerais tellement leur ressembler et être capable, comme eux, de porter et de supporter mon désir pour le partager.
Une fratrie d’Italiens qui pieute dans une brasserie de ritals en perdition, ça n’avait choqué personne dans le quartier.
Avec l’imagination on peut colmater un manque mais pas une absence.
Avec son oreille de mélomane, il s’est très bien distingué les crus. Dans la joie, il peut y avoir de la peur, mais pas l’inverse.
Ce qui est terrible avec l’abandon c’est que ça se terminera jamais. C’est le principe, d’ailleurs on doit vivre avec ça, un trognon coincé dans la gorge, sans que personne parvienne jamais vraiment à le retirer.
Y a-t-il des gens qui vous sauvent la vie mais on a même pas le temps de leur dire merci.
Et encore
Et même si ça n’avait aucun sens, il avait raison, je trouve : la vie de bohème, c’est une invention de merde pour bourgeois impuissants. Personne n’a envie de vivre dans la misère sauf ceux qui la fantasment d’en haut, avec leur petit vertige à la con. Mais comme ça fait de jolies chansons que les riches écoutent en auto pour aller à la plage; nous, les minables sans poésie, on tolère en silence, pour pas gâcher la mélodie.
Alors on se retrouve à manipuler son histoire et celle des autres, ça fait de gros dégâts. Ça ne nous aide vraiment pas cet échange de violences personnelles, mais on n’a que ça foutre alors on s’en donne à cœur joie, joueur au. Où on pense s’alléger mais que tchi. On écrase l’autre avec des détails toujours plus sordides. On se fait le maquereau de notre propre histoire. Bien sûr, on ferait mieux de se raconter des belles choses; des jolis souvenirs qui comptent pour nous mais le gris du lit bitume nous castre au niveau des couleurs.
Et encore, encore
Pourquoi je trouve que le sommeil est que j’arrive plus à rigoler avec les copains. Et je lui aurais tout déballé à celle-là, vraiment tout, qu’il y a un monde entre le monde et moi. Que c’est épuisant ses distances. Que ça file des crampes au cœur comme pas possible ; je ne lui ai pas bien dit tout ça, les gorilles m’ont rattrapé au moment où j’ai sauté sur le bureau pour qu’elle arrête de débiter ses conneries.
Oui c’est ça : il faut aller jusqu’au bout de Ia nuit et ne pas chercher un refuge dans son fond. Ne jamais oublier l’aube. Autrement, on se retrouve piégé, barbouillé d’ivresse mauvaise et rempli de haine pour le monde.
On ne trouve rien dans la nuit. On s’y perd et, comme Céline ou mon père, on finit fasciste. Fasciste de la vie, à insulter tout le monde et souhaiter la mort d’un inconnu.
Ici en bref




Questions pratiques
Marius Degardin – Les Mandragores
Rentrée littéraire 2025
PREMIER ROMAN
Instagram :
Éditions du panseur – Instagram : @les_editions_du_panseur – X : @edPanseur – Facebook
Parution : 14 août 2025 – EAN : 9782490834280 Lecture : Juillet 2025

[…] Blog Vagabondage autour de soi […]
Bonjour Matatoune. Tu m’as donné envie de découvrir Benito et ses frères. Bon dimanche
Oui c’est un style très particulier à découvrir !
Tu donnes sacrément envie de lire ce roman. Passe un bon weekend 🙂
Merci et très bonne continuation !
Tu me donnes envie de découvrir ce personnage.
Écriture à découvrir, je pense !
Stupéfiant? A garder en mémoire alors…
Oui je crois qu’il fera parler de lui !
Trop sombre pour moi, le thème de l’inceste a fini par me lasser, même si tu parles très bien de ce livre. Bonne journée
Je pense qu’il surprendra par sa langue ! Bonne continuation
Eh ben tu l’as sacrément bien vendu celui-là.
Parce qu’il le mérite 😄📚