Fanny Marlier – Les enfants sacrifiés des pensionnats sanitaires

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Fanny Marlier propose une histoire sociale des pensionnats sanitaires, des années 1950 aux années 1980. À partir des témoignages recueillis, la journaliste indépendante dresse un état de la prise en charge d’enfants de santé fragile, souvent d’origine modeste, de deux à quinze ans, sur une période de trente ans, en France.

La lutte contre la tuberculose a entraîné dans les années 40 la création d’établissements sanitaires. Seulement l’évolution des antibiotiques a fait reculer cette maladie très contagieuse. Les établissements se sont convertis dans l’accueil d’enfants carencés ou susceptibles de l’être.

En consacrant presque exclusivement son étude au Pays basque, Fanny Marlier interroge les anciens pensionnaires, les archives ainsi que la presse et découvre des prises en charge maltraitantes psychologiquement et/ou physiquement.

Un système maltraitant

Malgré des alertes de parents, des enfants, des professionnels, le système perdure de nombreuses années. Ce que Fanny Marlier décrit est glaçant par les violences perpétrées au nom d’un hygiénisme dépassé.

Le soleil devenu curatif impose aux pensionnaires des siestes silencieuses de deux heures (été comme hiver). L’anorexie est combattue par la force obligeant coûte que coûte l’enfant à finir son assiette, même s’il doit rester devant celle-ci tout un après-midi. Les visites des familles sont possibles qu’une fois par mois et pas du tout le premier mois. Le courrier est ouvert, les colis non transmis et les nouvelles envoyées du centre stéréotypées. La sortie est tributaire de critères trop peu lisibles par les familles.

Des brimades sont instituées en système, avec pour certains des sévices sexuels. De plus, dans les années 50, ce sont principalement des enfants de familles modestes qui ont été ainsi déplacées, souvent très loin de leur domicile, dans un autre département.

Fanny Marlier lève le voile sur ce système qui impose l’enfermement de mineurs, de deux à quinze ans, en France à partir du début des années 50. Ce système, oublié dans le silence des anciens enfants, qu’on n’a pas voulu croire à leur retour et qui portent les séquelles de ces sévices toute une vie.

Puis quelques extraits

C’est au vécu de ces enfants éloignés chez eux pour être, au principe, soigné ou remis en forme, que s’intéresse ce livre. La réalité de ceux qu’ils ont subi n’a rien à voir avec ce que vantait les brochures publicitaires.

Durant trente ans, partout en france, le plus souvent au bord de mer ou la montagne, des milliers d’enfants furent envoyés à des centaines de kilomètres de chez eux dans des lieux à l’abri de regard. Je me demande s’ils n’ont pas été victimes d’un ciblage social. Le plus souvent, elles et ils viennent de familles ouvrières, agricoles ou monoparentales. La promesse de soins médicaux permet de gagner la confiance des familles.

L’envoi des enfants en aérium et en preventorium ne se base plus uniquement sur leur état de santé mais sur des critères sociaux.

Si certains enfants sont primo-infectés de la tuberculose, tous les motifs deviennent peu à peu valables pour placer un enfant dans un établissement de cure : Un ciros un peu maigrichon, une colonne vertébrale légèrement déviée, des jambes discrètement arquées, des difficultés respiratoires.

Et encore,

Quand les enfants partent, personne ne sait vraiment combien de temps ils vont rester.

Le conditionnement des enfants passe par l’effacement de pans de leur personnalité, ils ne deviennent peu à peu plus que des corps dilués, dans un groupe, contraints d’obéir, et de se renforcer physiquement.

Les visites de la famille sont interdites durant le premier mois du séjour et ne peuvent avoir lieu que le deuxième dimanche du mois.

(… ) les cures de silence, que les anciens pensionnaires appellent communément « siestes ». Chaque jour, deux heures durant, les petits sont allongés dehors sous des couvertures. Une heure sur le dos, une heure sur le ventre, les deux bras le long du corps. Quand il fait froid, leur corps est entièrement recouvert par un plaid en laine marron. Rien ne doit dépasser. Rien ne doit bouger. Le tout dans un silence de cathédrale.

À chaque fois, le même scénario. Pour faire avaler les bouchées, les cheftaines pincent le nez des enfants. Quand ils regurgitent un aliment, on le leur fait manger. Les plus récalcitrants sont envoyés à l’infirmerie.

Le plus souvent, les enfants ne peuvent pas quitter la table sans avoir terminé leur assiette, quitte a y passer l’après-midi entier. Tout en se faisant hurler dessus.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Fanny Marlier – Les enfants sacrifiés des pensionnats sanitaires: Enquête sur un passé oublié –

X : @FannyMarlier – Instagram : @fannymarlier –

Editions JC Lattès X : @editionsLattes – Instagram/ TikTok : @editionsjclattes – Facebook

Parution : 12 mars 2025 – EAN : 9782709672443 – Lecture : Mai 2025

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26 commentaires

  1. Bonjour Matatoune, ces agissements ne m’étonnent pas du tout. Malheureusement, dans les établissements de soins c’est très courant. Je ne pense pas non plus que notre époque soit meilleure que les précédentes, hélas. Merci de mettre en lumière tout cela 🙏😊 belle journée 🌞🕶🌹🌿📚✨️

    • Oui, tu as parfaitement raison ! Là où le travail se standardise et que le rendement, la baisse des budgets et le privé qui veut toujours plus de bénéfices étranglent les établissements, la maltraitance sera présente ! Et c’est terrible !
      Bonne continuation 🍒 🍓🌞

    • Ah oui 🤣 ! La nostalgie est un biais cognitif très puissant qui fait prendre des lanternes pour des diamants 💎 !

  2. Je ne suis pas étonnée, il y a eu beaucoup d’abus autrefois et aujourd’hui encore. De nos jours encore les droits des patients ne sont pas toujours respectés quand le patient va à l’encontre de la volonté du médecin. Bon week end

    • Et je rajouterai lorsque le patient va à l’encontre du système et se permet de demander des comptes ! Bref, un secteur à faire évoluer toujours et encore !
      Bon week-end 😉

  3. Ici il y avait un aérium au bord de la plage pour enfants chétifs ou tuberculeux. C’était strict mais a priori sans maltraitance d’après ceux qui y ont vécu

    • Non, tous n’ont pas été maltraitants. Seulement faire manger à tout prix un enfant lorsqu’il est anorexique ou le couper de sa famille pour lui refaire une santé, nous savons maintenant que ce n’est pas la bonne méthode !
      Un excellent week-end prolongé ! 🍒🌼😉

    • C’était une époque où la société se suppléait à une idée de la famille très marquée socialement. On séparait l’enfant de sa famille au nom d’un hygiéniste très primaire. Seulement, il ne faut pas croire que la maltraitance dite institutionnelle a disparu. Les révélations sur les crèches, les EPHAD, les établissements scolaires privés sont là pour nous le rappeler 😡

    • Pourtant cela a existé. Et la maltraitante institutionnelle existe toujours, cf les révélations sur les crèches, à l’ASE avec les jeunes proche de leurs majorité placé seul dans des hôtels sociaux, les établissements scolaires privés, etc !

    • Ce fut une réalité à une certaine époque ! Merci pour ton retour. Très bon week-end prolongé à venir ! 🍒🌞

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