Tonino Benacquista – Tiré de faits irréels

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Tonino Benacquista s’interroge sur la nécessité de la fiction dans notre quotidien dans Tiré de faits irréels. Sous forme d’une satire, l’écrivain décrit l’histoire d’un éditeur, dans le métier depuis quarante ans, plutôt à l’ancienne, à la veille de son dépôt de bilan.

Depuis quarante ans, son catalogue n’est que de 641 livres édités par sa maison Bertrand Dumas Éditeur. Seulement, il a lu plus de six ans de sa vie des manuscrits. Toute une nuit, la dernière, à la fois peu et beaucoup, l’éditeur se demande si on a encore besoin de fiction dans la vie. Il espère qu’un rebondissement romanesque l’empêchera de fermer sa maison.

Est-ce qu’un roman est la vie ou la vie un roman ? Tonino Benacquista interroge son éditeur sur ce qu’il connaît le mieux, les romans. En faisant le tour des écrivains publiés et la description de ses nombreux ratages d’éditeur, l’écrivain profite pour nous parler de lire, du métier d’écrivain et des affres des maisons d’édition soumises aux lois du marketing et du rendement. Une galerie de portraits est dressée, mêlant ironie et comédie.

Dernier acte ?

Son cheminement vient questionner notre besoin de romanesque dans notre modernité. Tonino Benacquista, du moins son éditeur, éprouve une joie profonde dans la fiction, et nous le prouve. Et, ça égratigne, certes gentiment et tendrement, avec un zeste d’humour pour forcer l’analyse. Ainsi, on découvre les dictionnaires haineux que l’éditeur aurait pu produire, en référence à la collection des dictionnaires amoureux ! Le Goncourable désigné « Miss France des belles lettres » n’est pas dans son écurie. Qu’importe Bertrand Dumas s’enorgueillit d’avoir vécu par la fiction. Intègre et sérieux pendant toute sa carrière, il joue toute une nuit à faire ce qu’il s’est interdit précédemment.

On y croise aussi Robert Musil, Shakespeare, José Luis Borges, Pérec ou Albert Camus. Sa « Tour de Babel » littéraire contient des romans qu’il faut faire circuler, de mains en mains, pour faire vivre l’importance de la fiction.

Il faut dire qu’il sait de quoi il parle, Tonino Benacquista. Depuis 1985, quarante ans cette année, il publie des romans noirs, des nouvelles, des romans plusieurs fois scénarisés pour l’adaptation à l’écran, petit et grand, du théâtre et même des bandes dessinées.

Son roman sarcastique et drôle fait le tour du milieu de l’édition, dénonce gentiment les lois de la vente des livres actuellement, alors que chaque année sont publiés plus de 60 000 ouvrages et que le nombre de lecteur réduit de façon presque inversement proportionnelle.

Bref, une satire du milieu de l’édition à découvrir par les inconditionnels de fiction ! Mais une ode aussi à l’indispensable plaisir du romanesque et des mots !

Puis quelques extraits

Chaque expérience individuelle, si elle s’arrête sur les épisodes essentiels, si elle absorbe la mémoire collective, et si elle décrit les enchaînements qui nous ont fait devenir ce que nous sommes, mérite d’être racontée.

N’est-ce pas le rôle cathartique de la fiction que de contenir nos pulsions destructrices ?

Pouvoir d’appropriation du lecteur sur l’œuvre : son talent pour créer des concordances entre la vie d’un personnage et la sienne. Il s’est lu dans une page comme dans un miroir. Rien ne peut interférer, pas même l’auteur.

– Si je pouvais résumer mon roman en quatre phrases, à quoi bon perdre quatre ans à l’écrire ? Vous savez comme moi qu’un auteur médiocre mais bon communicant à bien plus de chances de succès qu’un véritable écrivain infichu de se vendre. Imaginez Kafka en promo …

Et encore

Comme lui, je me méfie des éloquents. Mon affection va vers les bègues, les empêchés, les trébuchantes, qui écrivent pour ne pas parler.

N’est-ce pas ce que nous demandons aussi à la littérature, ces petites résiliences ?

Après tant d’années d’exercice, il m’est toujours impossible de résister à la tentation d’ouvrir un texte reçu, de découvrir son titre, son épigraphe, ses dédicataires, son incipit: un rite de défloration, car plus encore que de découvrir il s’agit de révéler, là est la part triomphante du tout premier lecteur.

Même les politiques ne nous respectent plus assez pour nous mentir avec conviction.

Celui qui dramatise un malheur qu’il n’a pas vécu dans sa chair brise un pacte de sincérité avec son lecteur comme un restaurateur qui cracherait dans une assiette avant de la servir.

Ici en bref

Questions pratiques

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Tonino Benacquista – Tiré de faits irréels


Éditeur : Gallimard X: @Gallimard  et Instagram : editions_gallimard – Facebook

Parution : 6 mars 2025 – EAN :  9782073024961 – Lecture : Avril 2025

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18 commentaires

  1. C’était un de mes auteurs chouchous il y a quelques années… puis il m’a déçue, j’avais l’impression d’avoir lu des avis mitigés sur ce titre-là.

    • Moi aussi, j’ai voulu renouer avec un écrivain que j’aimais bcp. Porce Misera ne m’avait pas plu. Celui-ci a réussi à me surprendre et à me captiver, peut-être parce qu’il était concentré sur la littérature. Peut-être ?

  2. Merci à vous pour votre blog littéraire toujours passionnant et merci aussi de me lire presque chaque jour sur le mien. Joyeuses Pâques avec un un peu 🤣 de retard. Michel

    • Même si, nous, lecteurs consideront le livre comme un trésor et non comme un produit, le milieu de l’édition est traversé de turbulences, l’enjeu étant immense ! Mais, ce n’est pas le sujet de ce livre qui reste au niveau de la description de profils d’auteurs significatifs.

  3. C’est un auteur que j’ai beaucoup lu à ses débuts, puis je m’en suis lassée, mais le sujet de celui-là, et son ton, visiblement drôle et féroce, me tentent bien..

    • Moi aussi, j’étais une passionnée, puis la lassitude ! J’ai eu plaisir à le retrouver, mais pas tout à fait comme dans les années précédentes !

    • Je l’avais adoré il y a longtemps. J’ai aimé le retrouver dans celui-ci. Très bon week-end prolongé aussi 😉📚🌸

    • Oui, c’est l’occasion pour l’écrivain d’égratigner ses compères et le milieu de l’édition. Très bon week-end prolongé !

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