L’Agrafe : Identité et Histoire dans le Roman de Maryline Desbiolles

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L’Agrafe, roman de Maryline Desbiolles que je découvre, raconte l’ancrage d’une adolescente dans son identité malgré un corps entravé.

Emma Fulconis court dans la pierraille niçoise, la région de l’écrivaine. Elle ne voit rien et ne pense qu’à filer, son corps au vent.

Un jour, la morsure d’un chien va l’immobilier pour de long mois de reconstruction. Seulement, une phrase l’obsède, celle du propriétaire du chien qui a dit au moment de l’agression Mon chien n’aime pas les Arabes. À partir de cette alerte, la jeune fille recherche le passé de sa famille.
C’est l’occasion pour Maryline Desbiolles d’évoquer le sort des harkis en Provence Côte d’Azur. Accompagnée par son oncle rebaptisé Jean-Pierre, alors que son prénom était Akim, elle part à la découverte de ses grands-parents accueillis à leur retour d’Algérie dans un hameau de forestiers.

Maryline Desbiolles fait revivre cette partie de l’histoire oubliée. Passant du camp militaire de Rivesaltes, de sinistre mémoire, à cet habitat précaire et à ces emplois forestiers, ces anciens supplétifs, parqués ainsi loin des bourgs où ils auraient pu croiser des immigrés algériens.

Seulement, les anciens harkis ont été accueillis sous statut réfugié et ce ne sera pas une cérémonie bâclée à laquelle seront conviés Akim et Emma qui viendra donner une nouvelle lumière à ce passé encore trop ignoré.

Le style de Maryline Desbiolles, sans aucun pareil, transforme cette découverte en aventure littéraire. Les phrases longues mais déliées forment des airs où le chant murmuré des mots ressemble aux chansons que s’invente Emma pour se reconstruire. 

En bref, une rencontre qui marque pour moi une écrivaine discrète à suivre assurément !

Puis quelques extraits

On eût dit que le chien s’était agrippé à elle plus qu’il ne lui avait sauté dessus, on eût dit qu’il l’avait empêchée de partir en l’attrapant à mort par la jambe, elle a peur sous le drap, elle a peur de nouveau, elle plisse les yeux de peur, les yeux éperdus du chien, elle les a vus, elle les revoit sous le drap, mais elle ne l’entend pas aboyer ni grogner, elle n’entend pas Stéphane dévalé les escaliers et la télé vociférer mais elle entend distinctement le père de Stéphane dire Mon chien n’aime pas les Arabes, oui, et la phrase la tourmente, plus que le chien, la phrase la tourmente.

L’agrafe est réparée et renoue Emma Fulconis à la posture debout. Mais se sentir debout ne va plus de soi, se tenir debout est une souffrance que dire de la marche ? La souffrance est toujours là, debout ou pas debout vient La souffrance à laquelle il est vain d’attribuer une note de 1 à 10, ni échelle ni gamme, mais basse continue, ostinato, décharges électriques obstinément, elle prend beaucoup de médicaments.

Les éclopés qu’on répare, les blessés, les malades et leurs prothèses, leurs béquilles, leurs tuyaux, les tout cassés, sortis du rang de la normalité qu’on s’ingénie pourtant à vouloir leur rendre.

Ici en bref

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Du côté des critiques : TéléramaDu côté des blogs : Julie à mi- mots

Questions pratiques

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Maryline Desbiolles – L’Agrafe

Prix Littéraire du Monde 2024

Éditeur : Sabine Wespieser –X : @wespieserInstagram : @swediteurFacebook

Parution : 29 août 2024 –EAN : 9782848055374 – Lecture : Septembre 2024

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7 commentaires

    • Et la rentrée littéraire d’hiver s’annonce ! Bonne continuation 🎄

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