Eddy L. Harris – Confession américaine

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Eddy L. Harris s’interroge dans Confession américaine sur les raisons qui ont poussé son pays, l’Amérique, à élire un Donald Trump à la présidence, la première en 2016. Huit plus tard, Eddy L. Harris livre son analyse, lui qui s’est volontairement exilé. Seulement, son pays vient de nouveau, et avec une très large avancée, de replacer le même homme au pouvoir.

Le temps de la réflexion est long. Le temps à la littérature de poser des mots, de tenter de chercher des pistes d’explications et de prendre du recul sur la violence du monde nécessite de larges plages où elle flâne. Celui du monde va nettement plus vite.

Alors, à quoi servent toutes ses ressassements : « j’aurais dû » ou » j’aurais pu ». Eddy L. Harris ne tombe pas dans la nostalgie démagogique. Il creuse, analyse et cherche de sa position d’exilé qui placé loin semble mieux à même d’exprimer quelques pistes de réflexion.

Analyse d’un aveuglement

Et son concept de base est celui de l’emprise :
« Je jure allégeance au drapeau
Des États-Unis d’Amérique
Et à la République qu’il respecte
Une nation sous l’autorité de Dieu
Indivisible
Avec la liberté et la justice pour tous. »

Avec à côté, écrit comme un mantra : VISE LES ETOILES
Une génération à faire chaque matin, dans son école allégeance et qui forge l’illusion de croire à l’égalité. Eddy L. Harris dénonce les violences subies de la part de l’Etat et de la société.

Les Américains sont friands des traits d’union comme afro-américain. Eddy L. Harris y voit le moyen de perpétuer une ségrégation à ne pas être simplement égaux alors que la plupart de ses concitoyens y voient une richesse supplémentaire. Où comme le D’où viens-tu vraiment ? Petit à petit, Eddy L. Harris déconstruit ce principe et le met en perspective avec la politique passée.

En quelques pages, Eddy L. Harris dans Confession américaine déconstruit le repli de l’Amérique. Il propose des pistes de réflexion qui reprennent le concept de l’emprise pour expliquer la tendance actuelle de son pays d’origine.

Puis quelques extraits

Mon enfance et la violence de tous les mensonges auxquels j’avais été soumis et qui sont toujours en cours m’avaient poussé au vagabondage, forcé peut-être à m’éloigner de plus en plus jusqu’à ce que je sois trop loin, pour seulement voir ce qui se passait, peut-être même pour que ça n’importe.

Nous nous rendons donc coupables par notre silence complice, notre propension à aller de l’avant en suivant le mouvement, notre péché d’ignorance et de déni.

Lorsqu’on a été victime de violences pendant l’enfance, on trouve refuge dans le noir. On s’y cache. On se cache de soi-même, de ses amis, de sa famille, du monde qui a produit le socle systémique de l’emprise, qui lui a permis d’advenir et de durer. Surtout, on se cache de ce qu’on sait être la vérité.

Et voilà le danger inhérent à cette emprise. L’adhésion au mensonge et le désir profond d’y adhérer étouffent votre raison, effacent ce que vous pensez et savez être la vérité, et vous brouillent tellement la tête que vous ne voyez plus dans le mensonge que la vérité, que vous ne savez plus où est la réalité et que je vous finissais par en inventer une nouvelle, qui correspond à ce que vous en êtes venu à croire.

À ce stade, l’emprise vient de la perpétuation du mensonge, de l’accumulation de mensonges dont chacun cache le précédent, jusqu’à ce que la vérité ne soit qu’une vague gelée qui tremble sur un sol instable.

Et encore,

En sous-texte, il y avait la différence entre le sang et la terre, lequel des deux l’emporte, lequel fait de nous qui nous sommes – la vieille querelle entre nature et culture, en somme.

Le Sud a perdu la guerre de Sécession mais pas celle de la ségrégation.

(4 mai 1970) …Pour la première fois depuis la guerre civile, des soldats de l’armée américaine ont tiré sur des concitoyens et les ont tués.

Il en va ainsi des violences au long cours. On ne s’en remet jamais vraiment. On les enfouie, on les met de côté, on essaie de les oublier, mais on ne s’en remet pas. Elle reste tapie en nous.

Et il se voyait perdre le peu de statut qu’il restait, obligé qu’ils étaient de faire de la place aux femmes et aux minorités.

On finit par ne plus savoir ce qu’on doit croire, prêts à presque tout gober. On s’agrippe aux constructions mentales les plus grotesques simplement pour avoir quelque chose à quoi se raccrocher, quelque chose ou quelqu’un en qui croire. Et quand elles s’effondrent et qu’il ne reste plus le moindre socle, même illusoire, plus la moindre terre ferme où prendre pieds, on se débat et on tremble, en panique, effrayés.

Ici en bref

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Eddy L. Harris – Confession américaine

X : @EddyLHarris – Traduction : Sarah Gurcel

Éditeur : Liana Levi – X : @EditionsLevi – Instagram : @edlianalevi

Parution : 24 octobre 2024 – EAN : 9791034909780 – Lecture : Novembre 2024

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15 commentaires

    • Oh, dommage ! Et pour quelles raisons ?
      En tout cas, je vous remercie de m’avoir fait confiance jusqu’ici 🙂

    • Un court essai qui pose des pistes de réflexions et de compréhensions de ce qu’il faut bien reconnaître comme la consternation de ce début novembre, cette élection américaine !

  1. Il est aussi dans ma pal. Cette élection nous paraît incompréhensible et dangereuse. Malheureusement le populisme se porte aussi très bien en Europe. On vit à une époque où l’accès au savoir n’a jamais été aussi facile et pourtant la majorité se laisse manipuler sans réfléchir. La doctrine romaine « du pain et des jeux » n’a pas pris une ride en deux millénaires. Bon dimanche

    • Difficile de ne pas être inquiets 😟, en effet !
      Peut-être que le libéralisme en développant l’individualité à l’extrême, et le parcours personnel avant tout, nous a fait oublier l’importance du collectif. Et ainsi, nous rendent plus fragiles à croire des individus qui promettent amour et soutien ! ..
      Belle semaine

    • Oui, l’analyse de Douglas Kennedy était très fouillée aussi. À chaque fois, on apporte une pierre à la réflexion pour temporiser les inquiétudes !
      À suivre ! Belle semaine !

  2. Ça doit être intéressant d’essayer de comprendre ce qui, vu d’ici, est tellement sidérant 😔. Je repousse mon voyage à New-York de 4 ans. Hors de question que je débarque dans un pays dirigé par un taré peroxydé…

    • Oh dommage ! New-York est la plus française des villes américaines, du moins celle préférée des français.
      Non, j’espère y retourner même si je suis sidérée d’assister en direct à la destruction de la démocratie, Saura-t-elle résistée…Je n’en suis pas sûre !
      En tout cas, plus que précédemment, on vit l’histoire en directe puisque celle-ci s’accélère de façon si impressionnante !

    • Merci en tout cas pour votre confiance. Car en lire la chronique, c’est déjà s’y intéressé. Au plaisir d’échanger sur d’autres lectures 🍁

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