Avant que j’oublie- Anne Pauly

Prix du livre inter

@vagabondageautourdesoi

Heureusement qu’il y a des prix pour exhumer des pépites des tiroirs et remettre en lumière des romans publiés à la rentrée dernière qu’on avait laissé passer. Le prix du Livre Inter m’a alertée sur la nécessite de découvrir « Avant que j’oublie » d‘Anne Pauly !

L’hommage pour un père, lorsque celui-ci se vit par ses violences, sa fureur lors du trop d’alcool, son égoïsme et surtout la peur qu’il génère, n’est pas facile à écrire ! La narratrice a pris longtemps l’attitude résignée de celle qui n’oublie pas mais ne dit rien.

Alors, ranger la maison, organiser la cérémonie, faire le ménage dans les souvenirs, la narratrice a décidé de nous les confier pour ne pas passer trop vite sous silence son ressenti. En décrivant par le menu les détails de ce quotidien de l’après, la narratrice donne corps à la présence de ce père, devenu au fil du temps plus dépendant qu’il aurait aimé.

Et la vie de cet homme, c’est évidemment pas tout bleu ou tout noir. La perception de cet homme évolue au fil des pages. De méprisable, la narratrice nous le fait aimer petit à petit puis réussi à faire basculer l’ogre en victime, d’un coup ! A quoi ça tient une vie lorsque ça change d’horizon ?

La langue est savoureuse et ciselée par le travail appliqué d’Anne Pauly. Elle exprime la tendresse, l’énervement et l’absence, mais avec pudeur. Dès que la narratrice émeut par l’expression d’un ressenti, souvenir, image ou détail, d’un coup, il y a une pirouette et l’humour et la dérision viennent en effacer la portée.

Et puis plus on s’avance vers la cérémonie, plus le récit se fait plus léger en donnant sens au destin et en reprenant le cours d’une certaine normalité. Est-ce le signe dans ce processus particulier que nous révèle Anne Pauly que l’absence, toujours vivante, n’empêche plus le sourire ?

« Avant que j’oublie » est le premier roman très réussi d’Anne Pauly où la fiction reproduit la description méticuleuse de la mort d’un père, haï et aimé à la fois, et de l’après pour que la page ainsi noircie garde intacte la mémoire mais aussi la conscience des sentiments exacerbés de sa fille.  Pour qu’enfin,  tout s’apaise.  

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Au fond, on ne sait jamais vraiment si quelqu’un boit pour échouer ou échoue parce qu’il boit .

Moi, je connaissais bien ces deux hommes et surtout la violence sourde que l’un avait transmise à l’autre, celle à laquelle les pères éduquent leurs fils et dont ils tentent de protéger leurs filles.

 » Dans un bâtiment gracieusement laissé à la disposition beau diocèse de Versailles par la municipalité, deux gouines gauchistes prennent part contre leur gré à une scène néocoloniale »

Dans la France de Giscard, il fallait se comporter comme un homme et il avait joué, comme tant d’autres, la comédie de son temps.

Il poussait, il poussait, et je pliais, en me rebiffant d’abord puis avec abnégation toute catholique. Mais au bout du compte, je finissais toujours par étreindre, embrasser et soigner ce corps si vulnérable que j’avais craint si longtemps pour sa folie et sa violence.

Le masque. Celui dont la mort affuble les gens avant de les emporter.

Particulier vend arrogante merveille de sophistication mécanique pour corps délabré stade final. Très peu servi. Prix à débattre.

Partir le plus vite possible avant que sa névrose et ses angoisses ne me contaminent davantage.

Sa vraie personnalité enfin débarrassée des gardes puantes de l’alcool, était ressortie: un contemplatif fin mais gauche, gentil mais brutal, généreux mais autocentré, dévoré par l’anxiété et la timidité, incroyablement empêché. Un touriste de la vie.

Heureusement, je m’étais préparé : l’enfant en moi, je l’avais envoyé dans sa chambre et avec interdiction de sortir jusqu’au soir, quant à la pleureuse, j’avais dilué un Lexomil dans son café. Elle flottait là, près de moi, comme un fantôme, avec une certaine indifférence. Aux autres, je ne laissait voir que mon être de conversation. Celui que j’avais dressé, pendant toutes ces années, dans les bars, à parler de tout et de rien avec n’importe qui.

Au fond, c’était comme ça depuis toujours : je prends des libertés avec l’Église et le camarade Jésus.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

@vagabondageautourdesoi

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Avant que j’oublie- Anne Pauly

Éditeur : Verdier

Parution : 22 août 2018

EAN :  9782378560294

Lecture : Juillet 2020

12 commentaires

  1. Je l’ai déjà noté car j’ai lu pas mal de critiques élogieuses et pourtant la violence en ce moment ne m’attire pas trop mais pour cet hiver 🙂

    • Comme je l’ai dit à Brigitte du blog L’écureuil bleu et une bonne nouvelle par jour, il n’y a aucune scène de violence puisque la mère a réussi à se protéger et protéger ses enfants lorsque ça arrivait. Elle est décédée avant lui et on suppose que la narratrice a fait tout un travail pour gérer sa colère et l’injustice de ce départ prématuré. Et du coup, c’est bien de cette relation père-fille un peu branlante qu’il faut encore disséquer . j’aurais hâte de lire ton ressenti même si bien sûr souvent difficile d’éprouver des ressentis semblables sur des sujets si personnels que la mort et l’absence. …Bonne soirée

  2. Bonjour Matatoune, merci pour tes belles découvertes de lectures, que de choix! Et j’apprécie ton ressenti car cela donne une idée du livre.
    Bisous et bel après-midi ♥

    • Non, j’ai du mal me faire comprendre. Il n’y a aucune scène de violence. La narratrice raconte que sa mère partait avec sa voiture, les enfants sur le siège arrière, et roulait jusqu’au moment où elle savait qu’il serait endormi lorsqu’ils rentreraient. Là, elle couchait les enfants endormis et allait dormir. Le lendemain, venait les excuses et les larmes … De plus, la narratrice au moment de ce récit est adulte en couple avec une femme et semble très heureuse. Comme si elle avait fait le travail pour se débarrasser de tout ça même si sa mère a su les protéger et se protéger. Un livre passionant! Très bonne soirée

    • Dans notre « blogosphère » j’ai vu peu de chroniques sur ce livre. D’ailleurs, il faut que j’en lise d’autres! C’est Eva Betthan, la journaliste qui chaque année supervise le prix, qui m’a aussi bcp émue en rapportant son ressenti sur ce livre… Et, du coup, en mode « monomaniaque », je n’ai eu de cesse que de prendre le temps de le découvrir 😉 Et, j’étais d’accord avec ce jury dont le président, cette année, était Philippe Lançon. Un bon parrain, quand-même !

    • Ah, j’attends ton retour alors et en attendant, bonne continuation ⛱️☀️📖

  3. Coucou
    Merci pour ta présentation pleine de sensibilité. C’est le genre de sujet qui me fait fuir et je n’ai aucune pitié pour les alcolos qui maltraitent leur famille

    • Ce roman a été une découverte pour moi et un bon moment de lecture. Très bonne soirée

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