La robe blanche – Nathalie Léger

Prix Wepler – Fondation de la poste 2018

La robe blanche de Nathalie Léger englobe deux récits.

En premier, celui de l’artiste Giuseppina Pasqualino di Marineo de son nom d’artiste Pippa Bacca qui, partie de Milan, sa ville natale, pour se rendre à Jérusalem, en auto-stop et habillée d’une robe de mariée avec son trousseau en guise de bagage. Manière pour elle de porter un message d’amour et de paix tout au long de son périple en filmant ses rencontres. Un journal se chargeait de raconter son voyage. Mais, près d’Istanbul, elle est retrouvée violée et assassinée. 

En racontant cet épisode à sa mère, la narratrice découvre petit à petit les violences que celle-ci a subi de la part de son ex-mari : abandon, divorce sans consentement, sans défense, une vie à reconstruire seule.

Entre l’affection d’une fille pour sa mère mais aussi sa défiance devant cette affection, la narratrice va nous faire partager ses interrogations, ses hésitations et enfin sa réddition à ce projet fou d’une mère qui souhaite que la littérature la venge puisqu’elle demande à sa fille de raconter son histoire… Ce qu’elle finira par faire : des faits bruts et décrits sans affects mais dont la violence retentit à chaque mot.

Dans ce très court roman, l’auteur aborde les violences faites aux femmes, la relation mère-fille, l’art et sa présence dans nos vies, ses happenings et les nouvelles forme de féminisme.

C’est dense et terrible à la fois. Les sujets sont graves et interrogent sans atermoiement diverses pistes. De son style fouillé et littéraire, Nathalie Léger nous entraîne là où rien n’est tracé et arrêté en étayant son propos d’une connaissance approfondie de l’art contemporain. Un roman atypique pour un moment de lecture fourni !

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…il y aurait même la place d’y mettre ce que dans les Balkans on appelle la « cartouche du trousseau », cette balle offerte au mari le jour des noces pour tuer l’épouse infidèle.

Elle se penche encore et susurre comme aurait pu le faire Tarantino en personne : « La vengeance n’est pas une ligne droite, c’est une forêt. On peut facilement s’y égarer, s’y perdre, oublier pourquoi on y est entré.

A quel moment a-t-elle compris que c’était trop tard ?

Il vaut mieux se sentir utile quand on rencontre la mère d’une fille morte, sinon à quoi bon, votre difficulté, c’est que la littérature est toujours impudique, c’est ce qui fait sa misère.

Tout est détruit, et plus vite qu’on le croit, mais la robe, semble-t-il, la robe subsiste, taffetas de soie éclatant, organdi, satin imprégné de la délicieuse sueur des illusions; les femmes pensent peut-être que leur robe de mariée, c’est leur coprs d’avant, un corps qui leur appartenait alors en propre si on peut dire, un corps plein d’espérances et sans remords, un corps qui dans la robe, s’éterniserait, pure abstraction déposée là.

réparer la souffrance qui a été infligée à quelqu’un d’autre que moi, en l’occurrence ma mère. Une souffrance très banale, ordinaire. Pour la dire, ma mère n’a pas eu les mots, alors je les ai pour elle. Elle n’a pas pu dire, alors je dis. Il s’agit moins de rendre justice que de dire le juste. Les mots servent à cela .

La vie entière de ma mère n’a été que l’épreuve de cet abandon et nous, à ses côtés, nous étions dans la traîne de cette tristesse, impossible de s’en défaire.

Cette femme trop gentille, incapable de se protéger de la plus banale cruauté, incapable de se dresser, incapable d’autre chose que de pleurer, cette femme, je ne l’ai jamais aidée, je ne l’ai jamais défendue.

a noter

 

 

 

 

 

La robe blanche – Nathalie Léger

Éditeur : P.O.L

Parution : 23 août 2018

ISBN : 2818045908

Lecture : Novembre 2018

 

 

11 commentaires

  1. Le sujet est très intéressant quoique difficile mais il faut lire aussi ce style de livre pour ouvrir les yeux. Merci pour ce beau partage et très bon dimanche à toi 🙂

  2. Un livre choc semble-t-il dont la première citation fait froid dans le dos « la cartouche du trousseau ». La place de la femme, toujours soumise aux lois masculines, n’est vue que de façon négative et porteuse de fautes.

Un petit mot ...