
David Hury, journaliste écrivain, choisit avec Beyrouth Paradise de proposer son second roman noir pour explorer la ville libanaise à travers la prostitution et les prisonniers syriens. Les thèmes, comme l’intrigue, en font un roman réussi autour d’une disparition qui va révéler à la fois un trafic d’êtres humains et une initiative féministe.
Seconde enquête de Marwan Khalil qui est un détective privé installé à Mar Mickaël. L’homme coule les jours de sa retraite plutôt tranquillement. Ses failles sont d’avoir été fonctionnaire dans la police pendant quatre décennies.
Ajoutez trois drames. Sa sœur Reem est tuée par une bombe en septembre 1982. Sa fille Maha, une balafre sur son visage et un œil en moins, immigre en France fin août 2020, pour faire ses études d’histoire de l’art. Son ami de toujours est décédé par sa faute. Heureusement, son autoradio crache les chansons de Chris de Burg qui le réconfortent, et Dieu sait, qu’il en a besoin.
Un dimanche de 2024, il fait la connaissance d’une Ukrainienne à la recherche de sa jeune sœur disparue, Valentina Kostuyk. Amoureux des voitures, il roule en Alfa-Romeo, dans un Beyrouth préoccupé de l’élection de son président de la République, le poste étant vacant depuis deux ans. Mais, lorsque le dictateur Bacha est parti, l’espoir que les prisonniers reviennent enfin inonde toutes les pages. Certains, comme le père de son ami d’enfance, Mike, sont devenus fous d’attendre, sans véritable espoir. Toute famille a quelqu’un dont personne n’a de nouvelles et espère toujours.
L’enquête sur la disparition de la jeune Valentyna le mène, évidemment, vers Beyrouth sud, aux mains du Hezbollah, pilonnée constamment par Israël, mais également au sein de la mafia. Seulement, une organisation féministe va apparaître dans cette noirceur où la puanteur est habituelle.
Enquête réussie avec des thèmes très actuels
L’enquête est classique, un homme seul cherche à révéler des secrets que beaucoup d’autres ne souhaitent pas ébruiter, tant leur commerce est profitable. De plus, il doit arriver à clore son enquête avant que sa fille ne débarque de Roissy.
Le vieux flic se cogne souvent, semble ne rien trouver sauf tous les signes de corruptions à grande échelle gangrenant tous les milieux, y compris ceux de la police. L’intérêt de Beyrouth Paradise se trouve dans cette ville-monde d’aujourd’hui, délabrée, traversée par des forces politiques, économiques, ecclésiastiques et même étrangères, corrompues par la prostitution de femmes ou de mineurs. L’expérience de Marwan lui permet, à chaque coin de rue de les relier à l’histoire récente du Liban.
Loin d’être le justicier, « sans peur et sans reproche », que les romans adorent, cet enquêteur a fréquemment arrangé la vérité en pratiquant des méthodes expéditives. Heureusement, la présence de son ami d’enfance, Ghadi, plus intègre que personne, et Mike, l’ancien avocat, devenu beaucoup plus malléable depuis son emprisonnement en Syrie, puis deux ou trois autres personnages vont l’aider à résoudre cette enquête réussie au cœur d’un Liban. À découvrir assurément et à suivre vraiment !
En quelques mots
Dans Beyrouth Paradise, David Hury plonge Marwan Khalil dans la disparition d’une Ukrainienne à Beyrouth. L’enquête révèle trafic d’êtres humains, corruption généralisée et drame des disparus syriens. Entre mafia, milices et espoir post-dictature, le détective affronte ses fantômes dans une ville-monde délabrée, où survit une fragile initiative féministe courageuse.
Puis quelques extraits

« Rue Pharaon ». Oh, rien à voir avec les rois qui se sont succédé pendant trois mille ans à la tête de l’Égypte antique. Les politiciens libanais qui se reproduisent entre eux depuis un siècle ont encore du chemin à faire pour leur arriver à la cheville, s’amuse Marwan. Même si c’est bien cette ambition dynastique qui fait tourner cette République de « fils de » depuis quatre-vingts ans. Comme du mauvais lait.
Cette histoire, c’était celle du pays tout entier. Splendeur et décadence mais avec vue sur mer.
Drôle de formule mais oui, Ghadi a raison. Peut-être que la guerre de 1975 s’achève enfin avec la chute du régime à Damas. II y a pile une semaine. Ici à Beyrouth, il se passe quelque chose d’indéfinissable. Comme une chape de plomb qui s’est volatilisée en un claquement de doigts. Depuis dimanche dernier, le cœur des vieux de Beyrouth bat entre soulagement et euphorie.
Et, encore,
Le dossier des disparus – nié par Damas, abandonné par Beyrouth – reste une plaie ouverte pour tous ces Libanais qui n’ont pas oublié qui ne peuvent pas tourner la page et balayer leur peine sous le tapis. Tous ceux qui auraient préféré pouvoir enterrer leur mort plutôt que d’errer entre deux mondes.
Faut dire que les bourreaux syriens connaissaient bien leur boulot, plusieurs générations d’entre eux avaient été formées par le SS-Hauptsturmführer Alois Brunner, qui avait trouvé refuge à Damas dans les années 50. Le criminel de guerre nazi – dont le souvenir glaçait l’échine de Vienne à Drancy en passant par Salonique – était devenu un demi-dieu, en Syrie. Un intime de la famille Assad, surtout.
Barbus enturbannés avec leur drapeau jaune affichant fièrement une Kalachnikov, avec au bout d’un poing grotesque, tout autant que ces messieurs à papillotes hissant tout aussi fièrement leur drapeau frappé de l’étoile de David. Il vomit les symboles miliciens ou religieux brodés sur ces saloperies d’étendards. Marwan est un homme simple: seul le drapeau arborant un cèdre millénaire trouve grâce à ses yeux.
Et, encore, encore
Une entreprise italienne venait d’achever la construction d’une station d’épuration, ultramoderne, dans la grande du nord du pays. Une splendeur dans son genre, qui n’avait pas été raccordée au réseau d’évacuation des eaux usées. C’était ça, l’héritage que la génération de Marwan allait laissée à ses enfants. De l’eau pas potable parfumée au sirop de merde.
Beyrouth à toujours été le bordel du monde arabe, ce n’est pas une nouveauté.
C’est vraiment devenu une décharge à ciel ouvert ce pays, peste Marwan en avalant une dernière gorgée de café. Entre les oligarques russes et les trafiquants de drogue européens qui y blanchissent leur fric – et maintenant la racaille des Assad qui y troive sanctuaire-, les Émirats sont devenus la plaque tournante du grand banditisme et du grand n’importe quoi.
Ici en bref




Du côté des critiques : Radio France
Questions pratiques

David Hury – Beyrouth Paradise
#rlhiver 2026
Instagram : @davidhury – Son blog : ici
Éditeur : Liana Levi – X : @EditionslianaLevi Instagram : @edlianalevi Facebook
Parution : 05 février 2026 – EAN : 9791034911912– Lecture en février 2026

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