Prix Littéraire Europe 1-GMF 2023

Ce premier roman de Claire Vesin a l’accent de la réalité du terrain illustrant autant la perte de sens d’un métier d’engagement que la dégradation d’un service de soin au public. En situant son action, au cœur des fêtes de fin d ‘années, dans un service d’urgence au sein d’une banlieue appauvrie, le roman Blanches propose une mise en situation des dysfonctionnements mettant la vie des patients en danger, mais aussi la difficulté des professionnels qui y travaillent, loin des héros dont on veut les honorer.
Brins d’histoire
Claire Vesin a l’intelligence de suivre plusieurs soignants au sein de l’hôpital de Villedeuil, petite ville d’une banlieue oubliée.
Jean-Claude, chirurgien, a fait toute sa carrière dans cet l’hôpital. Même s’il lui a donné toute sa vie et y a développé ses addictions, il n’imagine pas travailler ailleurs. Laetitia, infirmière, y est née. C’est son quartier. Elle connaît tout le monde. Cette proximité l’attache à cet l’hôpital.
Fabrice est médecin au Samu. Lui, le héros de terrain, devra grandir pour assumer ses futures responsabilités. Et, il y a Aimée, issu d’un milieu bourgeois, qui commence son stage d’interne. Son côté sauveur, elle l’a développé avec son amoureux, addict aux drogues. Son besoin de réparation l’a fait choisir les urgences de cet hôpital, loin de son milieu ouaté habituel.
Critique sociale ?
Le lecteur assiste à l’évolution de cette galerie de soignants à partir des premières journées de stage d’Aimée, au service des urgences. A la manière d’un roman noir social, bien écrit et parfaitement construit, le roman se découvre facilement et apporte une tranche de vie romancée, agréable et moderne. Juste six mois de stage vont changer durablement la vie de chacun !
Seulement, le lecteur peut-il en rester qu’à ce niveau de décryptage ? Claire Vesin est cardiologue en banlieue parisienne. Après des études aux États-Unis, son choix d’installation dans la banlieue est revendiqué.
Un cri feutré sur la dérive hospitalière
Claire Vesin décrit une interne qui est seule, lors de son premier stage, pour gérer le service d’urgence pendant une garde de fin d’année. Elle est seule médecin avec une infirmière d’accueil à gérer l’arrivée des patients, pendant vingt-quatre heures. Elle ne décrit pas une fiction, mais une réalité dont tous les soignants ne sortiront pas indemnes.
« C’est tout l’hôpital qui s’est dégradé. Il y a trop de monde, pas assez de lits, pas assez de personnel…et les premiers à en pâtir, ce sont les habitants. Mais là, ça devient carrément criminel. On ne peut pas continuer ainsi. »
Devrons nous nous contenter que certains services de soins, en France, soient comme un lieu de campagne de l’association Médecins sans frontières. « Déjà pas si mal, si un médecin est disponible ! »
De façon plus concise…
En bref, Blanches est un premier roman, très réussi, de Claire Vesin, sans compassion, sans colère mais avec justesse, sur la réalité du milieu hospitalier français actuel, analysé de façon chronologique, durant le stage d’interne de son héroïne. Accablant mais indispensable !
Remerciements
Aux éditions de La Manufacture des livres pour leur confiance
Puis quelques extraits

Les journées s’apparentaient à une course sans fin pour diminuer la pile des dossiers en attente, en passant d’une otite à un diagnostic de tumeur cérébrale, d’une dépression à un paludisme. Les échelles de gravité ne semblaient plus exister.
Seule aux urgences, en premier semestre, sans supervision ? C’était irréel. Elle tenta de se rassurer. Elle ne serait pas vraiment seule, Cécile serait joignant à tout moment.
(…) il fallait être une grande famille pour supporter la rigueur du métier.
Ne pas se fier au nombre de personnes en salle d’attente. Ils viennent toujours à trois ou quatre alors qu’il n’y en a qu’un qui consulte. C’est comme ça, ici, à défaut d’avoir le pouvoir, ils ont le nombre.
« C’est tout l’hôpital qui s’est dégradé. Il y a trop de monde, pas assez de lits, pas assez de personnel…et les premiers à en pâtir, ce sont les habitants. Mais là, ça devient carrément criminel. On ne peut pas continuer ainsi. »
Elle aurait dû lui dire, aussi elle n’avait pas osé. Lui dire que tout cela était arrivé, parce que Flora était de ceux qui obéissent quand on les chasse. Qui se taisent quand on les juge. Qui n’osent jamais répondre à ceux qui ont le pouvoir.
Ici en bref





Du côté des critiques
Le Monde –
Du côté des blogs
Ma collection de livres – Bibliofeel –
Questions pratiques

Claire Vesin – Blanches
X: Instagram @madameledocteur_v_
Éditeur : La Manufacture des livres
Twitter : @LaManufDeLivres Instagram : @la_manufacture_de_livres
Parution : 1er février 2024
EAN : 9782385530549
Lecture : Mars 2024

[…] Blanches […]
Je suis infirmière et je trouve que la situation s’est terriblement dégradée en quarante ans, par rapport à mes débuts. C’est partout pareil, on a mis le profit et non l’humain comme priorité. Bon dimanche
C’est tout à fait ça ! Les gouvernements par soucis d’un libéralisme immédiat ont fabriqué des process pour quantifier les actes de soins: les gestes, le temps, le matériel, tout a été mis en tableau pour réduire les coûts au maximum. Seulement, on a oublié le facteur humain. L’échange, l’empathie la parole, le toucher …A une émission, je ne sais plus laquelle, j’entendais qu’une personne qui va mourir avait besoin d’être touchée pour se libérer de son corps, pour mourir sereinement. Nos expériences personnelles nous ont appris ce genre de choses. Où trouver le temps lorsque, comme dans ce roman, on est le seul médecin, donc adulte, présent pendant 24 h de garde !
J’admire Claire Vesin d’avoir su décrire sans colère, sans rage cette situation. En tout cas, on comprend pourquoi nombre de soignants veulent changer de travail !
En tout cas, bon courage !
Un éditeur que j’aime beaucoup !
Quel roman ! Je crois que j’étais plus en rage que Claire Vesin qui réussit à rapporter la situation de l’hôpital public pendant six mois et à travers sa galerie de personnages sans colère, sans excès, juste la description de faits et de ressentis. Quel gâchis ! Merci à cet éditeur d’avoir publié cette pépite 😉
merci de nous en parler !
Terrible constat qui ne fait que s’aggraver hélas et qui touche maintenant le monde presque entier…..je vais voir si je le trouve merci. Bisous bonne journée
Oui et c’est terrible ! Bonne continuation 😉
Bonjour Matatoune. Je lirai avec plaisir ce livre car je crois que l’hôpital et la santé devraient être une priorité. Bonne journée
Et oui, mais malheureusement ce n’est plus le cas dans nos sociétés hyper libérales . Bonne continuation 😉
C’est terrible ce constat sur l’hôpital public. Les gouvernements qui se sont succédés depuis vingt ans sont très coupables et ils ne pensent même pas à corriger leurs erreurs. Merci de cette présentation ! Bonne journée
Votre chronique est tout à fait juste. Un premier roman très réussi ! Merci
Un roman à découvrir !