
Qu’ont-elles en commun ces cinq portraits de femmes ? Est-ce uniquement le lieu où elles séjournent qui les relie ? Chantal Thomas, de l’Académie française, précise la couverture, pour le livre « Femmes sur fond d’azur » présente cinq portraits de femmes du début du XIXᵉ siècle au milieu du XXᵉ qui ont marqué de leurs empreintes la Riviera, sur la Côte d’Azur. Ceux-ci ont fait aussi l’objet de parutions, au fur et à mesure, dans le journal Le Monde.
La première, Sophie Cruvelli est soprano, et possède assez d’aplomb pour vivre sa liberté tout au long de sa vie. Même si elle devint la vicomtesse de Vigier par mariage, elle garde toujours cette excentricité qui fit certainement le charme que l’écrivaine a aimé.
La seconde est la Reine Victoria, qui n’avait pas l’aura dont le milieu populaire gratifie les familles royales, mais sa froideur et son conservatisme sauf pour l’amour de sa vie, son prince Albert. Très âgée lorsqu’elle découvre la Riviera, elle en sera une adepte acharnée de son air vivifiant qui devrait aider à allonger sa vie.
Suivront Marie Bashkirtseff, Katherine Mansfield, Colette et la mère de l’actrice. Tout au long Matisse et ses formes découpées accompagnent les récits, comme elles illustrent la couverture. Le lecteur croise aussi Berthe Morisot qui avec sa soif de peindre aurait pu mériter, elle aussi, un portrait.
Établir des liens entre ces destins
Le lien entre ces femmes est d’avoir cru en ce lieu magique que fut la Côte d’Azur au XIXᵉ siècle jusqu’au siècle dernier. Toutes y ont vécu des jours heureux une partie de leur vie. L’autre trait commun est l’habitude qu’elles ont prises à écrire leur journal. Le journal de la vie de la Reine Victoria tient dans cent quarante et un volumes, soit plus de quarante mille pages ! Celui de Marie Bashkirtseff est, comme elle dit, son « roman cérébral » et permettra d’accomplir son vœu le plus cher, celui de ne jamais être oubliée.
Évidemment, le trait commun entre toutes est leur volonté farouche de vivre libres. « Ce qu’elles veulent, c’est de pouvoir remplacer tout seul par toute seule« .
Avec érudition et précision, Chantal Thomas nous entraîne dans ces destins, quelquefois brisés, qui nous rappellent combien le carcan sociétal était lourd et difficilement contournable. Mais, avec beaucoup de sensibilité, Femmes sur fond azur relie des destins de femmes courageuses et déterminées qui ont permis à leurs échelles de changer quelque peu un peu leur condition féminine.
Pourquoi le lire ?
Dans Femmes sur fond d’azur, Chantal Thomas brosse cinq portraits de femmes marquantes la Riviera entre XIXe et XXe siècle. De Sophie Cruvelli à la reine Victoria, partageant attachement à la Côte d’Azur, pratique du journal intime et volonté de liberté. L’ouvrage relie leurs destins et souligne leur contribution à l’évolution de la condition féminine.
Puis quelques extraits

Le journal intime empêchait les jeunes filles d’étouffer. Il leur permettait d’exprimer à tâtons des sentiments exclus et de s’approcher de leurs désirs. Il prenait le relais du confesseur, l’autorité religieuse en moins. Et si pour la plupart d’entre elles, écrire ne les délivrait pas d’un sens du péché ou de la faute, elles pouvaient l’éprouver d’une manière plus souple.
D’où notre empressement, peut-être, à nous souhaiter un bel été, minuscule et fragile îlot de la dimension de notre serviette de bain face à des océans devenus cimetières de migrants, et dans un univers à feu et à sang.
Si la beauté, la luxuriance, les couleurs, la clémence des températures en contraste avec les grisailles et rigueurs du climat britannique jouent un rôle décisif dans le puissant attrait de la Riviera, et en particulier de Nice, sur les Anglais, ce n’est pas seulement une question d’esthétique. Interviennent aussi des considérations de santé.
Alors je rêve une possible rencontre entre la vieille reine en bonnet de dentelle traînée par son âne et le merveilleux peintre « semblant n’avoir sur lui que les ombres des fleurs » (Aragon), une rencontre dans le Palais des mirages, très haut au-dessus de la mer par-delà les siècles.
Mais, malade dans sa tête, déprimé, c’est une notion interdite, spécialement touchant les hommes.
Et, encore,
Je vais souvent à Cimiez, surtout en avril, quand des boutons-d’or fleurissent parmi les ruines des arènes romaines. Sur le chemin, malgré l’imposante statue de la reine au pied du Régina, c’est à Henri Matisse que je songe, à son atelier au quatrième étage de l’aile est la chambre claire où il travaillait dans un bruissement d’ailes de colombes. Et, en effet, quoi de plus étranger à l’art de Matisse que l’époque victorienne, son bourgeoisisme, son puritanisme ? Tout les oppose. Il suffit de comparer la lourdeur de l’ameublement tapissier cher à la reine avec cet étonnant fauteuil de style baroque vénitien, par lequel Matisse s’avoue.
Dans un mot à l’historien d’art Louis Gillet. Henri Matisse, encore affaibli par une grave opération, écrit: « Tout est neuf, tout est frais, comme si le monde venait de naître. Une fleur, une feuille, un caillou, tout brille, tout chatoie, tout est lustré, verni ; vous ne pouvez vous imaginer comme c’est beau ! Je me dis quelquefois que nous profanons la vie : à force de voir les choses, nous ne les regardons plus ».
Et il me revient que l’éblouissement de Matisse devant tant de beauté s’était produit pendant une convalescence : il reprenait contact avec les choses, avec la brillance de la flore et l’espace des vivants.
Ici en bref




Du côté des critiques : La série dans Le Monde
Questions pratiques

Chantal Thomas – Femmes sur fond azur
Éditeur : Seuil – X : @EditionsduSeuil Instagram : @editionsduseuil – Facebook
Parution : 16 mars 2026 – EAN : 9782021601275 – Lecture en mars 2026

Des portraits de femmes qui semblent passionnants de découvrir et j’ai envie de dire inspirant à parcourir.
Oui ce sont quatre figures dont trois complètement inconnues qui ont œuvré pour la condition féminine.
Une auteure avec laquelle je n’accroche pas. Tant pis.
Je peux comprendre. Il y a comme une hypermaitrise dans l’écriture qui fait peu de place aux émotions !
Belle chronique. Apparemment c’est un hommage à la fois aux femmes, à la Côte d’Azur et à Matisse… on ne peut être que séduit, bien sûr. Merci beaucoup pour cette présentation 🙏 Excellente semaine à toi 🌞
Oui, ces cinq figures sont des hommages à ces femmes qui ont célèbré la Riviera et fait avancer la condition féminine. 🙏🌸🌳🌼 Bonne continuation
intéressant effectivement et des portraits très divers.
Riviera et condition féminine, de quoi plaire en ce début de printemps !
Bonjour Matatoune. Belle chronique qui donne envie de découvrir ces femmes. Bonne journée
Oui, c’est très agréable de connaître le récit de ces femmes complètement oubliées pour certaines autour de cette belle région. Excellente continuation 🌼🌳🌸🙏
Hâte de découvrir ce livre ! J’apprécie cette période et la lutte de ces femmes pour faire reconnaître leur indépendance, leur statut, etc… moins pour Victoria, bien sûr…
Bonne journée à toi ☀️
Merci pour ton enthousiasme et ta confiance ! 🙏🌸🌳🌼