Thierry Beinstingel – Père Patrie, Fable sur le Pouvoir – #rl2025

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Thierry Beinstingel raconte une fable aux accents historiques dans le roman Père patrie. À partir de la mémoire d’un homme, de presque cent ans, enfermé et sous surveillance continue, l’écrivain décrit un régime qui ne tient que par la force de sa violence et de son emprise. Seulement, tout peut avoir une fin. C’est ce que montre ce roman plein d’espoir !

Joska a quatre-vingt-seize ans. Par son expérience, il est le Père patrie de son pays. Maintenant, il vit enfermé sous le regard de deux soldats, jour et nuit. Dolorès est à son service depuis douze ans, pour le ménage et les tâches personnelles, si nécessaire, et accessoirement lui tenir compagnie. Depuis quinze jours, depuis une mauvaise chute, sa fille Léna la remplace.

Cette procédure de surveillance est commune à tous ceux qui font partie de l’entourage de Tibor. Il est président depuis vingt-cinq ans d’un pays de l’est, sans précision de son lieu. Lorsque survient le premier tunnel noir, comme l’appelle Joska, en fait une période de dépression, sa fille Pelaja, dite Peli, paralysée des jambes, est retrouvée noyée dans le bassin de la maison qu’il partage avec Anke, sa femme universitaire. Tout le monde pense à l’époque à un accident. Tibor avait 8 ans, Peli 3 ans. On est en 1956. 

Un an après, Anke meurt de chagrin, de maladie ou de produits trop souvent inhalés. Dans le musée consacré au Président, une seule photographie raconte la jeunesse de Tibor le représentant fils unique du héros de guerre, membre influent de l’armée, Joska, et de la brillante physicienne, Anke.

Un régime particulier

« Que périsse l’enfant devenu monstrueux » est le leitmotiv de ce roman. Cette phrase reprise par Cicéron « dans son ouvrage Des lois, comme l’exemple d’une tradition législative qui lui paraît indispensable au bon fonctionnement de la république » explique l’intention de Père patrie. Car Thierry Beinstingel utilise les éclairs de mémoire du cerveau âgé de Joska pour décrire les fondements d’un régime dictatorial. Dans cette tâche, il sera aidé par Léna, qui elle-même bénificie de l’aide de l’un des soldats. Chacun apporte des éléments de connaissance pour identifier ce qui caractérise ce type régime.

Le roman est parfaitement construit et jusqu’à la fin, le suspens reste intact. La figure du tsar soviétique, comme l’appelle un journaliste, est en filigrane. Mais, l’écrivain parle d’universel : le culte de la personnalité, le musellement des oppositions, la guerre comme politique, la privation de liberté et la surveillance omniprésente.

Pourtant, Père patrie véhicule un message d’espoir. La résistance à un tel régime est active. Et tôt ou tard, le régime tombe. La figure de Joska est pour Thierry Beinstingel une métaphore d’une population qui s’éduque et construit son propre jugement, capable à un moment donné, de choisir son avenir.

À travers une fiction très bien construite, Thierry Beinstingel dans Père patrie dénonce un pouvoir dictatorial étouffant et violent, mais il souffle aussi un message d’espoir. Un roman à découvrir !

Remerciements

Aux éditions Fayard et à @NetGalleyFrance

Puis quelques extraits

Une existence hardie, intrépide, courageuse – on le pense- est le privilège de la jeunesse. On se trompe : avec le grand âge, rester en vie est une entreprise de tous les instants, une aventure permanente.

Car légende il y a, et même Joska en est l’incarnation, le synonyme. On a accolé son prénom à tous les adjectifs, le glorieux, le valeureux, l’illustre. Mais « le légendaire » demeure le plus populaire, lui colle aux basques depuis comme un truisme, une lapalissade : Joska, héros légendaire, Pater patriae, le père du pays.

Encore maintenant, alors qu’il approche les cent ans, chaque battement véhicule la folie de la tristesse, le feu incandescent des regrets et la glace de la double séparation.

Est-on seulement maître de ses actes une fois dans sa vie ?

Joska à la tête qui tourne. Il lui a fallu attendre presque cent ans pour résonner différemment, pour agglomérer de vieux souvenirs, des faits jusque-là oubliés ou trop insupportables pour être énoncées.

Et encore,

Il regarde les images qui donnent la part belle à l’allocution d’hier soir et dont les extraits les plus guerriers passent en boucle. L’ensemble est entrecoupé de chroniques. On invite les habitants à résister, à savoir se terrer dès la première sirène. On entretient la peur et, en même temps, on glorifie les soldats, dont les images vantent le courage et la sérénité. On est sûr de gagner, conclut le présentateur. À nouveau, l’hymne national termine le reportage.
On revoit Tibor sur un char, soupesant le poids d’un fusil, puis serrant la main à un dictateur notoire, ami de la nation.

Au fil des conversations avec Lena, il a appris le quotidien surveillé de chaque habitant, il a découvert les difficultés matérielles d’une population qu’il croyait heureuse. Alors qu’il
fume sa cigarette dans le patio, il la voit rapporter de la lingerie de vieilles bandes de pansements bonnes à jeter.
Le pays manque de tout, on récupère la moindre bouteille de plastique, le moindre bout de ficelle. Ces bandages, dit-elle, nous les envoyons au front. Nos soldats sont démunis, ils n’ont pas perçu leur solde depuis plusieurs mois.

On se résigne à tout, même au désespoir.

À force de vivre dans ce pays, on imagine des appareils d’écoutes partout, coincés dans le mobilier urbain ou plantés dans les arbres.

Ici en bref

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Questions pratiques

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Thierry Beinstingel – Père patrie

Rentrée littéraire 2025

Éditeur : Fayard– X :@EditionsFayard  Instagram :  @editionsfayardFacebook

Parution : 13 août 2025 – EAN : 9782490834242- Lecture : Juillet 2025

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15 commentaires

  1. Je l’ai vu passer, mais je ne lis plus les livres des éditions Fayard… Je suis bien embêtée d’ailleurs, car j’ai encore un livre à chroniquer, que j’avais reçu et je le ferais surtout pour l’auteure. Le sujet est très intéressant s’il sort en poche je le lirais avec plaisir 🙂 Merci pour ce retour bien tentant 🙂

    • Ah, c’est sûr que depuis son rachat par le groupe Hachette, il faut être vigilant ! Néanmoins, comme je ne lis que ce qui m’intéresse, je suis moins radicale que toi, pour la lecture ! 😉

      • Je lis aussi que ce qui m’intéresse ! Même si je reçois des SP c’est un choix en accord avec la ME. Pour Fayard, c’est le même principe, surtout quand tu passe par Netgalley 😉

  2. sujet trop d’actualité hélas, mais le message d’espoir doit permettre une bouffée d’oxygène mais la résistance peut elle vraiment faire face à tant de noirceur ?

    • Peut-on étouffer le souffle de liberté 🗽 , même s’il est long à faire lever les hommes !

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