Que la guerre est jolie – Christian Roux

Que la guerre est jolie – Christian Roux

Éditeur : Payot et Rivages

ISBN : 2743642610

Février 2018

Remerciements à la Librairie Diderot – Nîmes pour m’avoir fait découvrir ce livre.

vaguabondageautourdesoi-quelaguerreestjolie-wordpress-1070226L’adieu du cavalier

Ah Dieu ! que la guerre est jolie
Avec ses chants ses longs loisirs
Cette bague je l’ai polie
Le vent se mêle à vos soupirs

Adieu ! voici le boute-selle
Il disparut dans un tournant
Et mourut là-bas tandis qu’elle
Riait au destin surprenant

APOLLINAIRE (1880-1918) – Calligrammes

Humour noir du poète sur cette guerre avec ses 20 millions de morts en quatre ans et  qui lui coutera la vie par ricochet ! Celui qui s’est engagé en recherchant l’héroïsme  viril pour combattre l’ennemi mais a découvert l’horreur des tranchées ! Ah, oui, que le duel est attirant lorsqu’il s’agit de s’opposer pour une cause ou une revendication, mais les conséquences entrainent les protagonistes vers des situations qui les débordent largement. Christian Roux met en scène un des aspects de ce type de situation dans son nouveau roman « Que la guerre est jolie! ».

Le choix d’une municipalité de changer en profondeur un quartier populaire issu d’un paternalisme industriel révolu en un autre plus bourgeois, ou bobo, Christian Roux nous le décrit en choisissant de nous le raconter à partir du regard d’Élise. Jeune  habitante, elle va s’engager dans cette transformation en essayer d’en garder l’âme. A son cœur naïf, l’auteur lui oppose la machinerie aveugle et illégale des investissements immobiliers véreux et les petits engagements illégaux d’un maire prêt à tout pour garantir son profit.

A partir d’une galerie de personnages, Christian Roux nous fait vivre au plus près la réalité du quartier : de l’artiste solitaire à celle des happenings érotiques, de l’ex-photographe de guerre au mercenaire qui reprend du service, le D-J dealer à ses heures perdues et les deux qui « tiennent » le quartier, le SDF qui n’attend qu’une main tendue mais aussi la dame âgée, les barbus et ceux qui rêvent de faire autre chose… Ils incarnent la complexité de ce quartier tiraillé entre diverses tendances  où tout le monde se connait, où tout le monde sait la noirceur de l’autre et l’accepte, où chacun dépend de l’autre même s’il ne lui ressemble pas…

Pourtant, la fin semble trop attendue !  Dommage ! Du coup le mérite de ce roman est dans la description  d’un quartier populaire sans faire l’impasse sur ses tensions et ses réalités. Suffisamment rare pour s’y arrêter !

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La religion, c’est comme la baise, ça se pratique en chambre. Point à la ligne.

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Il n’aime pas la religion, de même qu’il n’aime pas les fachos, les cocos ou les gros capitalistes. D’une manière générale, il déteste toute forme de pensée ou d’idéologie visant à l’universalisation des comportements des hommes et des femmes, c’est à dire à leur uniformisation.

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– Ah, c’est ça ? Parce que j’attends un gosse, je dois renoncer à ma conscience, rester sage et patienter ? Putain, Marc, ça sert à quoi d’avoir un gosse, si c’est pour arrêter de vivre ?

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Aujourd’hui, les flics abandonnent des filatures parce qu’il n’y a plus d’essence dans leur réservoir. Ils l’ont bien rempli de temps à autre sur leurs propres deniers mais il y a une limite à tout. Et cette limite est atteinte depuis longtemps.

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Mais quand on est dans la merde, quand on malheureux, on ne veut pas de porte ouverte, on veut quelqu’un qui nous prend par les épaules, nous assoit sur une chaise et nous dit « mange maintenant ». On ne veut pas entendre « si tu veux,tu peux dormir là », on veut entendre « ton lit est prêt ». Quant à l’argent, ce n’est même pas la peine d’en parler. Il suffit d’un chèque signé et plié, surtout pas dans une enveloppe, qu’on puisse le glisser discrètement dans sa poche, et le tour est joué. Mais personne ne fait ça. Et c’est difficile de pousser une porte de soi-même, de s’inviter.

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Les yeux rivés sur son plan de Paris, Samia se délecte de tous ces noms de rues, de ponts, de places. Elle ne peut pas s’empêcher de les prononcer à voix basse. Ils fleurent bon la liberté. ça n’a pas de sens, mais c’est ce qu’elle ressent…..Elle va rater un train mais qu’importe, elle prendra le suivant…. Elle se lève du banc où elle était assise et commence à marcher d’un bon pas. Elle se dit « c’est ma marche ». « C’est ma marche vers la liberté. »

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