Olivier Adam – Dessous les roses

RENTRÉE LITTÉRAIRE 2022

vagabondageautourdesoi.com - Oliver Adam Dessous les roses, le nouveau roman d‘Olivier Adam interroge dès son titre. Et, pourtant, c’est toujours avec autant de plaisir que je l’ai découvert.

Dessous les roses est une plongée dans la famille d’un transfuge de classe qui s’en vante ! L’univers des banlieues, des pavillons et des parcours où la vie s’y déroule sans excès, sans histoire peut tout à fait se raconter. Mais lorsqu’un ancien membre le dénigre et en médit, les dégâts familiaux sont considérables. De l’amertume à la colère, Olivier Adam interroge, comme il sait parfaitement le faire, les liens au moment où la famille se réunit après le décès du père.

Brins d’histoire

La famille Eriksen doit se réunir. Demain est enterré le père. Paul, l’aîné, est celui qui est le moins présent, habituellement. D’ailleurs, c’est celui que sa mère attend, encore, dans la soirée.

Car les deux autres sont là. Claire accompagnée de son mari et ses enfants sont arrivés depuis longtemps. Personne ne pourrait imaginer que cette fille si responsable ne soit pas auprès de sa mère dans ce moment si difficile. Olivier, le plus jeune, a préféré venir seul. Pourtant, il aurait pu se faire accompagner de Sarah, la femme avec qui il vit depuis déjà suffisamment de temps et la présenter à sa mère. Complétement absorbé par son travail, il n’a pu se libérer qu’une journée. On l’attend déjà pour soutenir un dossier difficile !

Rapidement, apparaissent les incompréhensions, les rancœurs, les colères mais aussi les souvenirs qui lient de façon indélébile les trois enfants, devenus adultes.  L’objet de tous les ressentiments est ce frère si peu présent mais particulièrement actif sur les réseaux et les différents plateaux. Paul est réalisateur. Il a une affreuse tendance à utiliser son vécu, son passé dans ses créations et pas toujours à l’avantage des protagonistes, surtout concernant son père. Ces révélations embarrassent sa sœur, mais surtout son jeune frère, car Paul soutient leur véracité au niveau des médias. Olivier voit là une façon détournée de dénigrement injustifié.

Une narration au sentiment étrange

Ici, les différents personnages révèlent tour à tour les effets que produisent ces buzz médiatiques entretenus par l’aîné. J’ai évidemment pensé à un auteur célèbre qui n’a pas hésité à salir sa famille par des révélations équivoques. Qu’ont du vivre les parents d’Annie Ernaux ou d’Édouard Louis ?

Les trois enfants prennent la parole à tour de rôle dans des découpages de scènes et d’actes. Ils racontent leur vérité, leur malaise, leur chagrin mais aussi leur colère pendant ce moment si particulier de la préparation de l’enterrement de la figure d’autorité de cette famille.

Là où normalement la tristesse devrait effacer rancœurs et désappointements, au contraire, dans Dessous les roses, les conflits larvés, évités jusque là, éclatent, alimentés par la colère jamais énoncée, larvée par l’indifférence de l’aîné.

Tout au long de sa lecture, ce roman distille une atmosphère étrange, lourde de non-dits, de sous-entendus tus, d’incompréhensions jamais vraiment exprimés entre les membres de cette fratrie.

L’alcool consommé à fortes doses et la nuit sans sommeil ne feront rien pour détendre et amener chacun à s’ouvrir à l’autre. Les deux cadets reprochent à l’aîné son absence, sa distance et ses mensonges. L’aîné le sait mais, en fait, s’en détache aisément. Sa création est l’unique objet de son intérêt. Mais, chacun a une part de mystère. Et, comme à son habitude, Olivier Adam brouille les cartes. Le lecteur oscille lui aussi au gré des confidences faites par chacun de l’empathie à la colère, jusqu’à la révélation finale qui est un véritable pied de nez parfaitement réussi !

Olivier Adam restitue avec brio cette lourdeur des liens fraternels où le passé ne peut que s’immiscer dans un présent non assumé et où chacun reste avec ses mystères, ses secrets et ses mensonges. Confronté à la vieillesse de leurs parents, la fratrie ne retrouve pas quiétude et harmonie comme il serait nécessaire pour que le chagrin s’exprime pleinement. La fin du roman viendra éclairer cette étrange ambiance ressentie.

Du coup, la lecture interroge : qu’est-ce que l’écrivain Olivier Adam sacrifie de son intimité à sa création. Fait-il comme Paul entrer sa famille dans son univers créatif ? Pourtant, l’écrivain en parle peu. Mais aussi comment faire autrement. Alors, qu’est-ce qui différencie un Paul d’un Olivier ? La réponse se trouve dans le dernier chapitre !

Le genre littéraire qu’on appelle Autofiction, à mi-chemin entre le récit autobiographique et la fiction, est actuellement très à la mode. Il est maintenant de bon ton de se raconter, de s’exposer, de faire le point sur sa vie en utilisant le support littéraire. La différence essentielle avec la fiction est dans la capacité à se mettre en scène même si le Je n’est pas l’unique mode de narration. Lorsqu’elle est écrite avec humilité, l’écriture force le respect. Mais, lorsqu’elle n’a pour seul but que de se faire « mousser », alors elle est dangereuse.  Voilà ce qui fait, entre autres, la différence entre Olivier et Paul. Le premier a la pudeur de sa réserve !

En conclusion,

Décortiquer les liens, étudier une situation, la montrer de la place de chacun, énoncer les ressentis, leur donner véracité, comme à son habitude, Olivier Adam restitue une problématique familiale complexe en plus du vécu particulier du deuil. Et, il ajoute une touche finale difficilement prévisible.

Dessous les roses, il y a les épines ! Olivier Adam raconte celles d’une famille en apparence unie et aimante mais où chacun évolue différemment. Un huit-clos très réussi !

Remerciements

à ma libraire préférée !

Pour aller plus loin

Une partie de badminton – Olivier Adam

Olivier Adam – Tout peut s’oublier

Les roches rouges – Olivier Adam

Chanson de la ville silencieuse – Olivier Adam

Puis quelques extraits

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Et si Paul en rajoutait sans doute, je savais qu’elle a source du fleuve de ses mensonges coulait un ruisseau où se cacher un soupçon de vérité.

Cette manie qu’ils avaient de vomir sur l’endroit d’où il venait tout en se vantant d’en être issus. Cette survalorisation systématique des attraits et des mérites de la bourgeoisie intellectuelle. Ce dénigrement constant, cette infériorisation méthodique des classes moyennes et populaires. Mais qu’est-ce que j’en avais à foutre.

Personne n’est fidèle à l’image qu ‘il renvoie.

C’est la problème avec les mots
On croit qu’ils vont nous rapprocher. Gommer le malentendu. Mais ils ne cessent de souffler sur les braises au contraire.

C’est pas parce que je fais des films que je suis comme ça. C’est parce que je suis comme ça que je fais des films. Pour réduire un peu la distance. Traverser le filtre. Déchirer le voile.

Et ces conneries paternalistes sur le souci qu’il se faisait soi-disant du bien-être de ses employés: pas d’ horaires imposés, des espaces détente à foison, de la convivialité en veux-tu en voilà, des séminaires ultra festifs pour entretenir l’esprit d’équipe et la cohésion. En échange de quoi nous étions cordialement priés d’être corvéables à merci.

On ne mesure jamais vraiment combien la mort de ceux qu’on aime nous laisse exsangue, sans force, anesthésies. Les cris, les sanglots, à certains moments, c’est hors d’atteinte. Ça demande trop d’énergie.

Antoine a obtempéré. Il s’est assis tandis que maman nous contemplait en silence. On aurait dit qu’elle emmagasinait pour la suite comme si cette scène n’avait plus jamais se reproduire. Pourtant papa était mort. C’était même pour ça, « grâce » à ça ce que nous étions tous rassemblés pour une fois. Et désormais plus rien n’empêcherait que ça se reproduise.

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Incipit
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Un premier extrait
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Puis le dernier

Du côté des critiques

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Questions pratiques

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Quatrième de couverture

Olivier Adam – Dessous les roses

 Instagram @olivieradam35

Éditeur : Flammarion

Twitter : @Ed_Flammarion   Instagram : @flammarionlivres

Parution : 24 août 2022

EAN : 9782080286192

Lecture : Août 2022

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11 commentaires

    • Je pense que celui-ci est meilleur que certains de ses derniers. Étonnée qu’il soit passé un peu à la trappe dans toute cette brillante rentrée littéraire 🙂

  1. Je n’ai lu qu’un livre de cette auteur et je l’avais beaucoup aimé, je note celui-ci qui devrait me plaire. Il m’a tout de suite fait penser à Edouard Louis. Bonne journée

    • Oui sauf que le fameux Paul est quand-même un fiéfé en…. 🙂 Bonne soirée !

  2. Après avoir beaucoup aimé Olivier Adam, je l’avais un peu oublié ces derniers temps, avec l’impression de lire toujours le même livre. Y reviendrai-je ?

    • Je trouve qu’il renoue avec ce qu’il sait si bien faire : décortiquer les rapports humains 🙂

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