Janvier 2015 LE PROCÈS – Yannick Haenel – François Boucq –

vagabondageautourdesoi.comSix ans après l’horreur, le procès des attentas de janvier 2015 s’est déroulé cet hiver. Le documentaire JANVIER 2015 LE PROCÈS en retrace jours après jours les débats.

Présentation

Ce début de mois de janvier 2015, je m’en souviens ! Tout le monde en France s’en souvient ! Chacun découvrait sur ses écrans des scènes de guerre en plein Paris. Des fous hurlaient dans la rue en tirant sur tout ce qui bougeait. Et, puis, on apprenait l’horreur : des journalistes et des dessinateurs satiriques assassinés, ici, à Paris. Comment était-ce possible ?

Et, comme si cela ne suffisait pas, il y a eu trois jours d’horreur : le siège de l’Hyper casher de Vincennes et celui de l’Imprimerie de Dammartin-en-Goële.  Ces images sont à jamais présentes  dans nos souvenirs…Du 2 septembre jusqu’au 13 décembre 2020 s’est tenu le procès d’assises des attentats.

Le documentaire JANVIER 2015 Le PROCÈS retrace les quatre mois, jour après jour, des débats à travers deux types d’écriture, celle de Yannick Haenel, romancier et chroniqueur de Transfuge depuis 2010 et de Charlie Hebdo depuis les attentats et François Boucq, dessinateur de bandes dessinées.

216 pages qui décrivent avec énormément de pudeur l’horreur vécue par chacune des victimes venues témoignées.

Impossible d’en parler comme d’un livre ordinaire !

Impossible de qualifier le talent de Yannick Haenel et les mots qu’il choisit, pour dire simplement la parole de chacun qui dit souffrance et combat pour continuer à vivre. Surtout pour dire et redire, toujours et encore, l’horreur que sont de tels actes. Mais, la force de vie et d’amour qu’il faut pour qu’elle dépasse la mort.

Et puis, tous ces visages croqués par François Boucq que l’on découvre masqués mais jamais muets dans ce prétoire. Leurs silhouettes et leurs attitudes dessinées pour entrer dans nos mémoire ! Quelle force !

Difficile de rester calme devant certaines réponses des accusés ou de leur entourage qui font tout pour ne pas se sentir concernés ! Mais le texte de Yannick Haenel redonne de humanité y compris aux accusés.

Car, c’est ce j’ai pris conscience à la découverte de JANVIER 2015 LE PROCÈS, l’attitude des accusés. Je savais déjà les liens entre délinquance et islamisme radicale. Mais, là, c’est une évidence, avec en plus un mauvais goût qui reste de lâcheté et de mensonge.

Le procès, un espace de neutralité

Un procès est un espace de neutralité où les faits y sont exposés, décortiques, analysés. Chaque partie y confronte sa vérité espérant que, ici, la cour y adhère. Car ce procès d’assise était sans juré. De plus, l’action publique s’est arrêtée par la mort des trois responsables. Alors pour ce procès, il s’agit de personnes condamnés pour avoir apporté une aide dans la préparation et la réalisation des actes terroristes.

Alors, même si Yannick Haenel et François Boucq n’avaient jamais suivi un procès, leurs émotions sont palpables, fortes et le plus souvent difficilement supportables. Il faut s’arrêter, poser le livre et respirer. Puis de nouveau le reprendre …

Pour moi, JANVIER 2015 LE PROCÈS est appelé à rester dans ma bibliothèque pour être relu et redécouvert au fil du souvenir et au fil des nécessités… Indispensable !

Puis quelques extraitscite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877b

La pensée se trouble, la raison s’évanouit.

La mort n’a pas dit son dernier mot, et cela s’appelle la justice: cette vérité plus forte que chacun d’entre nous, nous l’avons tous comprise (…)

Grâce à ce procès, mais aussi grâce à lui (Samuel Paty), nous sommes devenus plus libres: nous n’arrêtons plus e penser, et seule la pensée nous grandit.

On voyait un système, on approchait d’une clarté terrible, celle où le dérisoire et le terrible, où la délinquance et la criminalité coïncident.

Il y a une brusquerie de l’absence de soi, une violence à ne pas être là.

C’est vrai, c’est insupportable. Il faudrait alors se détourner et ne plus y penser, oublier les menteurs et les délinquants. Oublier ce monde infernal où le massacre des innocents est recouvert par le blabla des impunis. Mais, il y a les morts, il y a les survivants, et eux, je ne veux pas les oublier : alors je vais au procès chaque jour écouter le pire, et j’écris.

« Il y avait un grafitti « Heil Hitler », mais qui avait été écrit « Hein Hitler » comme Heineken… »

Le renversement des valeurs, poussé à ce point de provocation, dissout toute différence  possible entre la vérité et le mensonge. L’objet de la dissimulation ne consiste plus de cacher la vérité mais à la néantiser, à faire en sorte qu’elle ne soit plus repérable, donc qu’elle n’existe plus.

Le crime c’est l’absence de pensée. Oser dire qu’on peut tuer des dessinateurs et des écrivains parce qu’avec leurs mots et leurs traits « ils l’ont bien cherché » relève juste de la plus ignoble des imbécilités. La justice sert à cela : en cherchant la vérité, en tranchant dans les ténèbres, elle nous aide très simplement à discerner la connerie, à révéler les appréciations les plus ineptes, à comprendre combien la stupidité conduit au crime.

Puis d’autres encore

Pendant quelques minutes, cette foire à l’indécence, cette violence généralisée me donnent le vertige, et moi aussi, j’ai envie de hurler, il faut que je m’en aille, que je fuie ce supplice, je suis soudain le frère de ce détenu révolté et de cette femme qui n’en peut plus. Ils veulent sortir d’ici. Oui, sortez-moi d’ici, c’est la seule vérité.

Une phrase de Nietzsche me revient, elle dit  » Un homme offensé est un homme qui ment ». Les tueurs qui se disent offensés par les caricatures de Mahomet mentent pur justifier leur volonté de tuer; ils mentent sur l’islam, ils mentent sur Mahomet. Un homme qui aime sa religion, un homme qui chérit sa foi, que celle-ci soit musulmane, juive, catholique ou autre, n’est jamais offensé, surtout par l’humour. Un homme qui aime sa religion pense et parle avec les autres: il parle de ce qu’il aime, il parle de sa religion. Parlons de religion, pensons les religions. Continuons à enseigner, à comprendre, à expliquer, à écouter toutes les paroles.

 

Ici en bref

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

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Un extrait
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Puis un autre
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Quatrième de couverture

Critiques

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Questions pratiques

Yannick Haenel – François Boucq – Janvier 2015 Le procès

Éditeur : Les échappés

Twitter : @Les_Echappes et Instagram : @esechappes

Parution : 21 janvier 2021

EAN : 9782357661776

Lecture : Février 2021

Essais

Chroniques littéraires

14 commentaires

  1. belle chronique mais je ne sais pas si j’aurai le courage de le lire, c’est encore trop présent dans ma mémoire, comme le Bataclan…
    Le simple fait de suivre de très loin et à petites doses, ce qui était retransmis du procès m’a trop remuée 🙂

    • Je veux absolument avoir ce livre dans ma bibliothèque qui s’est grandement allégée suite au dernier déménagement.Du coup, je n’ai gardé que les livres d’art, bien sûr, et ceux pur qui représentaient affectivement quelque chose. Mais pour en revenir à celui-ci, je souhaitais vraiment l’avoir pour le garder !

  2. Bonjour Matatoune, déjà 6 ans ont passé après ces horreurs. Ce livre doit remuer.
    Je te souhaite un très beau mois de mars, bientôt le printemps et j’aime beaucoup tes fleurs sur ta page.
    Belle journée, bisous ♥

    • Oui les jacinthes sont vraiment u n signe du printemps. Pur Noël, j’en mets toujours sur ma table car j’adore leur odeur mais dans le jardin, elles sont toujours majestueuses ! Bon mois de mars à toi aussi Denise !

  3. Merci pour ton partage. Je trouve particulièrement affreux de tuer au nom de Dieu, quel que soit ce Dieu, On pourrait espérer que l’homme évolue et surmonte sa barbarie originelle au lieu de continuer à massacrer son prochain qui ne pense pas comme lui.

    • Oh comme ton souhait est humaniste, seulement j’avoue que la nature humaine quelque soit les progrès reste la même…

  4. Merci de ton partage. Je trouve particulièrement affreux de tuer au nom de Dieu, quel que soit ce Dieu, même si cela s’est beaucoup fait dans l’histoire humaine depuis toujours, on pourrait espérer que l’homme évolue et surmonte sa barbarie originelle.

    • Terrifiant, non, le texte d’Haenel est là pour soutenir notre pensée, donc notre humanité ! Mais bouleversant, éprouvant oui mais malheureusement, ce fut la réalité !

  5. Il doit être particulièrement difficile à lire… Mais un livre indispensable effectivement. Merci de ton avis, je pense que je me confronterai à un moment à sa lecture moi qui est lu Le lambeau et Une minute quarante neuf seconde de Riss.

    • Non pas difficile à lire.Le format « un billet par jour » permet de le découvrir à sa mesure. Mais bouleversant oui, terriblement bouleversant !

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