Carte Blanche à Hervé Le Corre

Carte Blanche à Hervé Le Corre

Boomerang France Inter

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Présentation de Boomerang

Un auteur de roman  noirs vient présenter son dernier roman que je n’ai pas encore lu. Alors, j’écoute attentivement. Car,  j’ai découvert Hervé Le Corre, il y a longtemps, trop longtemps. Et, puis, nous nous sommes perdus de vue.

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Hervé Le Corre

« Mes personnages sont comme des silhouettes dans la brume : ils tremblent, ils doutent. Parce que j’essaie de réfléchir à comment tenir debout. »

En écoutant les réponses aux questions d’Augustin (Trapenard, bien sûr ! ) je découvre que c’est un ancien prof de lettres de collège. Du coup, je l’écoute encore plus dénoncer la casse du système éducatif, comme l’hôpital en son temps, par les libéraux  plutôt que d’investir sur l’avenir.

« J’ai été prof pendant des années. La guerre qu’on leur livre en ce moment est indigne. Je les trouve très courageux de tenir encore. Il y a des années qu’on raconte que l’éducation coûte cher, alors que c’est investissement sur l’avenir »

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Couverture du nouveau roman

Carte blanche

Arrive la Carte blanche où l’invité lit un texte de sa composition, ou non, et le partage. Je vous le livre :

« Entre épidémie mondiale et catastrophe climatique, Capital Terminator montre, sous sa peau synthétique, la froide dureté de son métal et l’activité effrénée de ses circuits financiers.

Il est mis à nu dans sa violence, son avidité, son court-termisme. Après lui, le déluge. C’est le cas de le dire.

Mais tout un petit personnel politico-médiatique s’applique à cacher sa nudité sous des oripeaux langagiers. De même qu’on a réussi à transformer « les licenciements collectifs » en « plans de sauvegarde de l’emploi », on s’applique aujourd’hui à répandre de nouveaux euphémismes avec le même cynisme tranquille.

Ainsi, par exemple, il n’y a plus de « problème », mais des « sujets » : la santé publique en crise, le mal logement, le chômage massif, la jeunesse sacrifiée, des sujets entend-on affirmer les élus et les ministres. Ce glissement sémantique sorti sans doute d’une quelconque tête molle de cabinet, envahit ces derniers mois déclarations et commentaires. De sorte qu’on peut discuter d’un sujet à perte de vue, tourné sans fin autour de la table où on l’aura posé quand un problème appelle une solution. De même pour les pénuries et les manques de toutes sortes, on parle de « tension ». L’Hôpital public est « en tension ». Les masques et les tests le furent. Aujourd’hui, les vaccins.

Pas de pénurie. Non, c’est juré.

Des approvisionnements en tension. Détendez-vous.

Le sommet de l’entourloupe est sans doute atteint par l’injonction à se réinventer, à donner un peu partout. Profitant de l’aubaine de cette épidémie, les néo-libéraux et leurs porte-voix invitent à tout changer pour qu’au fond, rien ne change, surtout pas le taux de profit et de dividendes.

« Se réinventer » ça relève de la pensée magique. Abracadabra !

« Demain, ce sera vachement mieux parce qu’on aura tout réinventé ». Là, on touche au sublime. C’est l’injonction de s’adapter à l’intangible système travesti en élan d’imagination. L’École s’enfonça dans sa crise ; le spectacle vivant moribond, qu’il se réinvente.

La clé de cette réinvention généralisée ? Le numérique, chacun chez soi pour apprendre, se cultiver ou se distraire. Le tout servi sur un plateau, entre deux cartons de bouffe livrés par un esclave à vélo.

Cette réinvention est tellement tendance, c’est l’ultra moderne solitude contrôlée par les GAFAM, animé par les bébés requins des start-up spécialisées.

À quoi bon de coûteux mètres carrés de bureaux, des établissements scolaires, des théâtres et des salles de cinéma ? Chacun chez soi, devant des écrans qu’on regarde et qui nous voient, c’est tellement plus compétitif.

Capital Terminator grimace un sourire. Comme dans les films, le futur d’où il vient n’est que fer et terreur.

On a peut-être encore le choix.

Version sonore  ici

Source

Boomerang – France Inter

Dernier livre paru

Hervé Le Corre
EAN : 9782743651732
6 janvier 2021
Éditeur : Payot et Rivages

Littérature en vrac

Bric à brac de culture

11 commentaires

  1. Ces euphémismes dont il parle (sujets, en tension) sont à mettre en face du phénomène inverse : l’escalade verbale quand des manifestants ou des grévistes « prennent en otage » la population par exemple.
    Et quand on voit la faiblesse dans la connaissance du vocabulaire, dans la maîtrise du langage, d’une part non négligeable de la population, on peut s’interroger sur sa capacité à décrypter ces phénomènes, qui devra passer par d’autres moyens que le scolaire, qui frise la faillite (tiens, moi aussi, je ne vais pas me gêner pour utiliser des grands mots !)

    Sinon, je n’ai encore rien lu d’Hervé Le Corre, un manque à combler, indéniablement.

    • Certes le scolaire ne peut tout mais en tous cas il doit avoir l’objectif de donner le plus à chacun ! Et, cette faiblesse qu’on regrette ne doit pas nous faire baisser les bras devant l’exigence de nos ambitions.
      A suivre donc ton avis sur une ses histoires …

  2. Je viens de trouver deux livre de lui sur le site ou j’achète dans le panier…ceci dit son analyse est édifiante mais tellement juste! Bisous doux weekend

    • Moi je me rappelle l’avoir découvert il y a longtemps et puis, le vide…J’irai relire la quatrième de couverture pour voir si le sujet de son dernier m’intéresse en ce moment et alors pourquoi pas …

  3. Je suis entièrement d accord avec cette analyse. Je ne connais pas cet auteur mais du coup J ai une furieuse envie de découvrir son dernier roman. Merci pour ce partage. Et bien sûr tout va bien dans le monde de la santé ! Bonne soirée

    • Oui, idem pour celui de l’enseignement qui en France est le dernier rempart avant la fonction public et la police pour passer complétement au privé … Triste, bien triste!

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