L’homme qui pleure de rire – Frédéric Beigbeder

@vagabondageautourdesoiUn émoji de « L’homme qui pleure de rire » en guise de titre pour le nouveau roman de Frédéric Beigbeder qui est mon grand écart littéraire de ce début d’année.

Je ne goutais pas vraiment sa chronique le jeudi en fin de matinale sur France Inter. J’ai entendu, de loin, sa dernière avant son licenciement. C’était une improvisation sans talent pour meubler trois minutes de radio. Entendu, vite oublié !

Dans « L’homme qui pleure », Octave Paringot, le double de l’auteur, explique comment il a voulu s’aborder sa chronique : il n’en pouvait plus de la tyrannie du rire et du sarcasme permanent sur cette onde. De son licenciement, il en fait un départ volontaire en racontant heure par heure la nuit qui l’a précédè. Et quelle nuit ! Son errance dans les bars et les boites de nuit du 8ème arrondissement croise les émeutiers en révolte contre les forces de l’ordre, le jour de l’incendie à l’Arc de Triomphe.

« L’homme qui pleure de rire «  dénonce le monde de l’humour et sa puissance médiatique lorsqu’on la confronte au politique.  Il démontre combien le mélange peut desservir  la démocratie. A France Inter, l’analyse sur cette hégémonie est savoureuse.

Car en attaquant souvent la personne, les humoristes de cette station dénoncent un travers, en le grossissant, en le ridiculisant à outrance obligeant l’invité au mieux à rire jaune au pire à s’excuser. Mais, de toutes façons, il est perdant. Quand c’est juste trois minutes dans une journée, ça passe. Mais, si c’est la même forme d’humour le matin, à midi et en fin d’après-midi, ça lasse !

Ces soi-disant humoristes se comportent comme un enfant tout puissant : C’est eux qui  ont raison ! Eux, savent. Eux sont la bien « pensance ». Mais, lorsqu’il y a hégémonie, il y a risque de tyrannie !

Car l’envers du décor est plus sombre : Peu de créativité, du buzz et du clash à tout prix. La méthode Ardisson, développée par Ruquier, est maintenant universelle chez la bande à Charline avec des prête-plume qui développent le business de l’humour.

Alors pour cette analyse intéressante, faut-il lire « L’homme qui pleure de rire  » ? Car, il faudra aussi accepter la déprime d’un dandy déchu de ses nuits parisiennes,  un cynique viré écolo désabusé, un anar de droite, un ancien aristo sans le sou licencié de partout (sauf du jury du Renaudot), un vieux con qui a peur de vieillir et qui encense les choses qui n’existent plus, un dragueur dépressif qui confond l’après #Mee too avec la crise de la cinquantaine. 

Avec en prime, des lignes de blanche à s’envoyer, la kétamine et ses effets à encaisser et nombre de cocktails à ingurgiter quitte à avoir à la fois descente et gueule de bois à la fin de la lecture. Car, les heures sont longues entre deux heures et quatre heures du matin !

Et pourtant, Frédéric Beigbeder manie avec bonheur la dérision. Le style suit avec plaisir les circonvolutions de l’humeur de son narrateur. C’est enlevé, souvent drôle et évidement, facile à lire (heureusement, pour le publicitaire le plus innovant des années 80). J’ai tenu le coup et ma foi, j’en suis ravie !

Merci #Netgalleyfrance et @EditionsGrasset pour #Lhommequipleurederire

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L’ humour, le vrai, n’ améliore pas le monde, il le rend brièvement supportable, le temps d’ un hoquet.

Ces amuseurs qui passent leur vie à se moquer d’autrui enragent si on les prend pour cible.

Les hommes politiques se bousculent pour passer chez Cyril Hanouna, sans comprendre que bientôt, Cyril Hanouna prendra leur place.

Le pouvoir du Lol est la seule calomnie sans appel Il permet d’ être constamment dégradant, en toute impunité et avec beaucoup de popularité.

Que les choses soient bien claires : le but de ce livre n’est pas que l’adjectif  » drôle  » soit bientôt synonyme de « nazi ». Mais uniquement de soulager nos muscles zygomatiques. Nous ne devrions pas les solliciter jour et nuit à longueur d’année ; nous en avons aussi besoin pour serrer les dents.

L’ humour de droite n’ est pas la politesse du désespoir mais l’excuse du pessimisme.

Tout le monde est sali quand on catche dans la boue.

Nous ignorions à l’ époque que l’ autodérision était une forme de résignation.

Le parc de l’ Élysée était immense avec sa fontaine au loin Ce sont ces petits détails qui font la douceur de vivre au pays de LVMH: 

Plus rien ne me distingue de la classe moyenne à part le snobisme.

Le rire sardonique prépare l’ élection des clowns maléfiques avec l’ appui des réseaux sociaux.

Une violence sans possibilité de répondre, cela s’ appelle comment ? Un fascisme .

Le vote blanc c’ est Ponce Pilate qui se lave les mains pendant qu’ on cloue Jésus sur sa croix.

La chronique humoristique finale est l’ équivalent d’un digestif de fin de banquet entre collègues de bureau.

D'habitude, je ne partage pas mes lectures lorsqu'elles ne m'ont pas plue ! Mais, là, c'est le livre qui se vend à plus

L’homme qui pleure de rire – Frédéric Beigbeder

Éditeur : Grasset

Parution : 2 janvier 2020

ISBN : 2246819237

Lecture : Janvier 2020

 

9 commentaires

    • Je l’ai lu aussi. Mais, je ne m’en souviens plus. Je crains que celui-ci ne fasse pareil…😉

  1. je ne suis pas fan non plus alors j’hésite depuis le début mais j’ai une liste à lire « énormissime » alors on verra plus tard…
    Les extraits sont plutôt sympas… 🙂

  2. J’avais détesté 99F et je ne suis pas fan du personnage dont j’avais vu une interview pour la sortie de ce livre….. Il crachait dans la soupe de ceux qui l’avait nourrit (la matinale de France Inter). Par contre je l’écoute au Masque et la Plume et j’aime parfois ses remarques livresques….. Alors ….. pour l’instant je m’abstiens 🙂

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