A l’aube -Philippe Djian

A l’aube – Philippe Djian

Éditeur : Gallimard

ISBN : 9782070143214

Mars 2018

vagabondageautourdesoi-alaube-wordpress-1070280Renoué avec l’écriture de Philippe Djian, j’avais quelques petites appréhensions. Depuis 37.2°, j’avais lu beaucoup de ses livres. Puis, depuis sa collaboration avec Eichter qui débuta en 2007 jusqu’en 2012, je l’avais comme perdu de vue. Du coup, avec A l’aube, j’ai hésité, tergiversé puis je m’y suis lancée…

A la mort accidentelle de leurs parents, Joan, la trentaine passée, et son frère Marlon, à peine 25 ans,  vont refaire l’expérience de vivre ensemble. Marlon ne peut rester seul et Joan a besoin de trouver ancrage à un tournant de sa vie. C’est merveilleusement normal ! Mais, l’ancien ami des parents, Howard, va faire émerger d’autres réalités ! Il faut ajouter que cela se passe à proximité de Boston aux États-Unis dans des grands espaces et dans des quartiers où les maisons ne sont jamais mitoyennes.

Le monde décrit par Philippe Djian est un monde d’apparences fait de faux semblant où chacun a une partie cachée qui l’oblige à jouer un double-jeu, sauf Marlon qui est entier et transparent, quitte à être complétement écorché. Philippe Djan décrit des personnages qui sont « propres sur eux » mais qui vivent des situations complétement noires sans jamais s’attendrir, sans jamais laisser passer son émotion mais aussi l’émotion de ses personnages.

Aussi, l’univers du roman décrit en apparence de gentils retraités mais qui sont en fait des activistes encore dans le coup, une gentille vendeuse de fringues qui s’avère à d’autres moment une superbe Call-girl qui peut aussi devenir maquerelle si la situation l’y oblige, un flic attaché à la loi qui, à cause de sa petite fille qui pleure toutes les nuits, va accepter de se comporter comme un ripoux face à une situation précise, un ami de la famille qui cache un redoutable prédateur lorsqu’il s’agit de mettre la main sur un trésor, etc.

Aucun jugement, pas de bien ou de mal, c’est la situation qui oblige le personnage à se comporter ainsi et du coup, il assume envers et contre sa violence et sa déviance dans un climat de normalité. La psychologie des personnages n’est en aucun cas disséquée ou analysée, la duperie et le mensonge doit s’affirmer en règles.

Le lecteur doit relier les détails, les liens entre eux en relevant tel le Petit Poucet les cailloux du chemin, se laisser dérouter du cœur de l’intrigue pour y revenir plus armé, voyager avec des personnages jamais monolithes, toujours troubles, que l’on découvre au fil des pages. Composé en deux parties comme une toile d’araignée, il y a un avant, plein d’espoir, et un après, où tout s’est cristallisé jusqu’à aboutir à la scène finale.

Philippe Djian nous entraîne dans un roman noir, sans ponctuation, où la violence des situations,  ciselées au cordeau, devient banalité pour déboucher malgré la tendresse qui lie la sœur et son frère vers le chaos nous laissant apprécier les efforts et les tentatives qui font que rien n’est écrit et que A l’aube, peut-être ?

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Elle se demanda si c’était ça, être heureuse, de ne rien sentir, n’avoir aucun désir, se sentir flotter, rouler la nuit sur une route déserte. Ça n’arrivait pas tout le temps, c’était comme le rayon vert, il fallait saisir l’instant.

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Avoir quelque chose à perdre rendait la vie plus intéressante à son goût.

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Elle s’efforçait de ne pas le montrer mais elle n’était pas certaine d’y parvenir. On ne sait jamais très bien ce qui nous trahit.

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C’était comme d’abattre un mur et de tomber sur un autre, plus haut, plus large, et peut-être que ça n’en finissait pas, se mettre à hurler ne servait à rien. C’était un problème sans solution. Ou une sorte de trou noir.

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Les gens n’ont pas perdu la mémoire. Ils n’aiment pas beaucoup qu’on casse leur vitrine, qu’on brûle leur drapeau. C’est pas des choses qu’on oublie.

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Elle en avait honte. Elle avait honte d’avoir pu rester si éloignée de ses parents, de toute cette indifférence qu’ils avaient laissée croître entre eux. Elle n’avait été au courant de rien. C’était inimaginable.

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Juin 2018

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12 commentaires

    • Merci ! Il a écrit une vingtaine de romans. Certains ont inspirés des films, le célèbre « 37 °2 » et récemment « Elle » avec Isabelle Huppert. Il a tendance à fuir les salons comme un ours mal léché et est très controversé : on l’aime ou le déteste…Pas de demi-mesure… Isabelle Carré a avoué suivre son atelier d’écriture depuis de nombreuses années….

      Aimé par 1 personne

  1. j’ai du mal avec cet auteur! je n’ai lu que « Oh » (« Elle » au cinéma ) que j’ai trouvé très malsain….
    j’avais aimé sans plus 37°2 le matin au cinéma!) alors peu tentée 🙂

    J'aime

    • Moi, je n’ai pas lu Oh, mais j’ai fini par voir le film, tant je n’avais pas envie, ou peur, d’être dérangée par l’atmosphère. (plus impressionnable par les images que par les mots, en général). Djian, c’est toujours trouble et celui-ci n’y déroge pas ! Bonne continuation

      Aimé par 1 personne

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