Le suspendu de Conakry – Jean-Christophe Rufin

Le suspendu de Conakry

Jean-Christophe Rufin

Flammarion

ISBN : 9782081416932 – Parution : Mars 2018

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On connait la carrière du très médiatique académicien Jean-christophe Rufin. J’ai lu plusieurs de ses livres et à chaque fois, ça été le même plaisir : un roman historique ou de fiction bien ficelé qui ne marque pas la mémoire comme LA DECOUVERTE ROMANESQUE de l’année, mais qui se laisse découvrir avec plaisir. L’assurance d’un bon moment de lecture !

Dans ce roman, Jean-Christophe Rufin s’attaque au polar. L’auteur raconte que Pierre Lemaitre à qui il demandait conseils, lui aurait répondu « Fais un roman avec un crime! « . Du coup, le livre raconte la mort d’un toubab (touriste blanc) en Guinée. Pour élucider ce crime,  Jean-Christophe Rufin crée un enquêteur complétement improbable au prénom d’Aurel! Imaginez: un consul français à l’accent roumain, s’habillant de tweed et d’autres tissus inappropriés, complétement ridicule, inapte à tout, sensible frisant la sensiblerie, bref un  anti-héros auquel, je l’avoue, je n’ai pas cru …au début! Mais, au fur et à mesure, ce personnage aux traits forcés devient agréable et même adapté à une telle enquête: il  lui « permet de parler du présent et des choses qu’il a vécu ».

Et, voilà, toute l’alchimie de Jean-Christophe Rufin! En nous prenant  par la main, et encore dans ce roman à enquêtes, il  parle gentiment de notre époque, la mettant en scène pour nous en présenter sa réalité!

Comme le disait l’auteur dans une émission télévisuelle, « l’enquête c’est aller voir ce qui manque dans une situation de crime ». Je succomberais donc encore aux prochaines aventures d’Aurel puisque son héros aura encore à résoudre d’autres manques.

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Les relations de famille en Afrique forment un tissu invisible sous le décor en trompe-l’œil des institutions officielles. Un directeur d’administration et un coursier peuvent être très proches en raison de leur parenté et se rendre des services que leur position hiérarchique visible ne permettrait pas de soupçonner. A l’inverse, deux dignitaires en apparence égaux peuvent se révéler séparés par des antagonismes ancestraux, l’un persistant à considérer l’autre comme un ancien vassal, voire un descendant d’esclaves.

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Aurel comprit qu’une seule expression était de mise : l’admiration. Il s’était exercé très tôt, sous la botte de Ceaucescu, à cet exercice et savait composer le visage qui convenait. Étonnement, approbation, soumission et terreur devaient être nettement perceptibles par l’interlocuteur, de sorte que celui-ci pût être assuré d’un complet triomphe.

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Dupertuis aimait sincèrement l’Afrique et il entretenait de véritables amitiés avec ses collègues guinéens. On l’aurait beaucoup étonné en lui faisant remarquer qu’il parlait d’eux avec une condescendance qui n’était pas tout à fait sans évoquer la mentalité coloniale.

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Vous savez comment ça se passe dans notre culture. Il faut s’asseoir, boire le thé… Rien n’est plus inconvenant que d’aborder directement un sujet. La tradition d’hospitalité veut qu’on mette son hôte à l’aise. Et l’hôte prend son temps avant d’en venir à l’objet de sa visite.

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La vie l’avait doté, par la force des choses, d’une résistance inépuisable face à des vexations bien plus humiliantes. La Roumanie de Ceausescu, où il avait grandi, était à cet égard une école d’une exceptionnelle rigueur, qui armait à jamais contre la bêtise et le mépris.

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Ce n’était pas parce qu’il était blanc et que tous les Blancs suscitaient encore souvent une sorte de crainte héritée des époques brutes de la colonisation. Il était convaincu que les Africains portaient une attention particulière et peut-être de nature magique à l’esprit des personnes qu’ils rencontraient. Aurel aimait penser qu’ils le respectaient parce qu’ils avaient décelé en lui une âme généreuse et pure.

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L’absence de nuages, la violence de la lumière, l’étrangeté de la végétation provoquaient en lui une irrépressible tristesse. Il y a des gens qui fondent en larmes en entendant certaines mélodies joyeuses. (…) Infirme en quelque sorte : la chaleur, la mer et les couleurs vives le rendaient mélancolique au dernier degré.

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9 commentaires

  1. Bonjour Matatoune. Ce héros original me séduit déjà. Je note le titre pour l’emprunter. Bonne journée

    • Original, c’est tout à fait çà! Alors, bonne lecture et au plaisir d’échanger nos impressions. Bon WE

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