D’après une histoire vraie- Roman Polanski –

indexJ’avais adoré le livre de Delphine De Vigan qui avait remporté  le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens en 2015. J’ai découvert cette auteure avec « Rien ne s’oppose à la nuit ». Curieuse de voir comment elle traiterait son retour à la fiction après un récit aussi autobiographique, je m’étais plongée avec avidité dans celui-ci! 

La description de cette emprise m’avait fascinée, avec l’hypothèse, présente à chaque instant, d’un doute indescriptible!

Comme vous, j’ai vu Emmanuelle Seigner à Cannes faire la promotion du film et expliquer qu’elle avait proposé cette histoire à Polanski, persuadée que ce sujet était pour lui. Elle avait raison : le récit d’une emprise et d’une forte contrainte psychologique puis physique était un sujet parfait pour le réalisateur du « Locataire », de « Rosemary’s baby » ou de « The Ghost Writer ». Mais, c’était il y a longtemps!

CANNES

Le film commence sur une séance de dédicace du dernier livre de Delphine, qui est épuisée. (Je n’ai jamais aimé le côté fan-club des dédicaces. Mais, là, c’est sûr, je sais que je n’irais jamais faire dédicacer un  livre. J’ai la passion secrète!). Lorsque, déjouant tous les barrages, apparait « L, comme Elisabeth », jeune femme somptueuse de jeunesse et Delphine est subjuguée. Comme toutes les victimes, Delphine ne voit pas la prédatrice et au contraire, quelques heures plus tard dans un cocktail, trouvera sa compagnie  tellement rafraichissante … »Elle sait si bien écouter! ». Le piège se referme. La proie a choisi sa victime, mais celle-ci ne le sait pas encore ! Isolement, exploitation du manque de confiance, technique du chaud et froid et même substitution de personne avec consentement suivront.

Par un concours de circonstance, l’absence de son amour partant aux USA pour un reportage (le fameux François Busnel) et une jambe cassée, la toile est tissée et finira par la mise à mort ! De laquelle?… Allez voir le film ou lisez le livre!

Par rapport à  l’écriture de Delphine Le Vigan, le film est pâle et sans surprise. On s’y sent mal à l’aise, non parce que l’emprise est forte mais qu’elle est  trop voyante ! On a un peu pitié de cette auteure qui ne voit rien. Et, lorsqu’elle en prend conscience, un peu, les réactions sont modérées et même gentillettes.

Le lecteur oscille tout au long du récit entre emprise extérieure ou intérieure. Le film l’évoque à la fin comme une évidence, mais rien dans le jeu des actrices ou dans la façon de filmer le fait deviner.

J’ai regretté que le rôle de Delphine ne soit pas tenue par une autre actrice, une comédienne plus intérieure et capable de duplicité. Emmanuelle Seigner joue son rôle avec trop de transparence et d’affection pour cette fille frappadingue ! A aucun moment, on ressent son malaise d’être prise au piège ou d’être enfermée dans un système dont elle n’a plus la clef !  Et, même vers la fin, aucune colère ne transparait. Du coup, cela fait une Delphine un peu décalée par rapport à la souffrance qu’une telle emprise devrait révélée.

Eva Green, qui interprète L, a la voix particulière jouant l’alternance entre dureté et de douceur. Mais, c’est tout car le regard est fixe, le jeu sans véritable profondeur, trop détachée et on n’y croit pas!

La relation victime / manipulatrice est évoquée de façon lisse. A aucun moment, est évoquée le vertige mais aussi la jouissance du dominé à être sous emprise, la puissance du dominateur à exploiter la souffrance de sa victime ou encore le ressenti du dominé qui devient dominant lorsqu’il arrive à se défaire des griffes de son bourreau/amour, etc.

Peu de choses concerne aussi l’abime de l’écrivain découvrant son incapacité à ré-écrire  après avoir tant donné dans son précédent roman.

Vous l’avez compris : j’ai été déçue !  Quel dommage … ce RDV raté !

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cite-56a4b9b45f9b58b7d0d8877bDu livre, bien sûr…

Et peut-être avais je besoin de cela : que quelqu’un s’intéresse à moi de manière exclusive. N’abritons-nous pas tous ce désir fou? Un désir venu de l’enfance auquel nous avons dû, parfois trop vite, renoncer. Un désir dont nous savons, à l’âge adulte, qu’il est égocentrique, excessif et dangereux; Auquel, pourtant, il nous arrive de céder.

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Ces cahiers étaient ma mémoire. Ils contenaient toutes sortes de détails, d’anecdotes, de situations que j’avais oublié. Ils contenaient mes espoirs, mes questions, ma douleur. Ma guérison. Ils contenaient ce dont je m’étais délestée afin de tenir debout? Ils contenaient ce que je croyais avoir oublié mais qui jamais ne s’efface. Ce qui continue d’agir, à mon insu.

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J’aimerais pouvoir écrire que je me suis battue, que j’ai lutté, que j’ai tenté de m’échapper. Mais je n’ai rien d’autre à en dire que ce simple constat: je m’en suis remise à L. parce qu’elle m’apparaissait comme la seule personne capable de me sortir du trou.

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Au delà de la connivence, j’avais fait de L. la complice d’un secret qu’elle était seule à connaître. Car elle seule savait que je n’étais pas capable d’écrire une ligne ni même de tenir un stylo. Non seulement elle le savait, mais elle me couvrait. Et se substituait à moi pour ne pas éveiller les soupçons.

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Une façon de raconter l’histoire, à travers un prisme déformant, un prisme de douleur, de regrets, de déni. D’amour aussi….Dès lors qu’on ellipse, qu’on étire, qu’on resserre, qu’on comble les trous, on est dans la fiction. Je cherchais la vérité, oui, tu as raison. J’ai confronté les sources, les points de vue, les récits. Mais toute écriture de soi est un roman. Le récit est une illusion. Il n’existe pas. Aucun livre ne devrait être autorisé à porter cette mention.

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Est-ce que chacun de nous a ressenti cela au moins une fois dans sa vie, la tentation du saccage? Ce vertige soudain -tout détruire, tout anéantir, tout pulvériser – parce qu’il suffisait de quelques mots bien choisis, bien affûtés, bien aiguisés, des mots venus d’on ne sait où, des mots qui blessent, qui font mouche, irrémédiables, qu’on ne peut effacer. Est-ce que chacun de nous a ressenti cela au moins une fois, cette rage étrange, sourde, destructrice, parce qu’il suffisait de si peu de choses, finalement, pour que tout soit dévasté? Voilà exactement ce que j’ai éprouvé ce soir là: j’étais capable de prendre les devants, saboter moi-même tout ce à quoi je tenais, tout détruire pour n’avoir plus rien à perdre. Voilà ce qui m’a submergée, l’idée folle que le moment était venu de mettre fin à tout ça, la parenthèse enchantée et toutes les conneries de ce genre auxquelles j’avais fini par croire, je pensais avoir rencontré un homme capable de m’aimer, de me comprendre, de ma suivre, de me supporter, mais en fait non, ha ha, tout cela n’était qu’un leurre, une belle arnaque à laquelle il était grand temps de mettre un terme. Et les mots de la blessure irréparable, je les connaissais, je connaissais le point faible, le talon d’Achille, il suffisait de viser juste, au bon endroit, en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, ce serait plié.
Voilà ce que L. avait réactivé: la personne in-sécurisée en moi capable de tout détruire.
L’espace d’une minute je me suis tenue juste au bord du désastre, et puis j’ai reculé.

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Quiconque a connu l’emprise mentale, cette prison invisible dont les règles sont incompréhensibles, quiconque a connu ce sentiment de ne plus pouvoir penser par soi-même, cet ultrason que l’on est seul à entendre et qui interfère dans toute réflexion, toute sensation, tout affect, quiconque a eu peur de devenir fou ou de l’être déjà, peut sans aucun doute comprendre mon silence face à l’homme qui m’aimait.
C’était trop tard.

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