Mercy Mary Patty – Lola Lafon

Présentation de l’éditeur

WIN_20170821_17_12_06_Pro.jpgEn février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Un volumineux dossier sur l’affaire a été confié à Gene. Pour le dépouiller, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui a exactement le même âge que l’accusée et pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats…
Avec ce roman incandescent sur la rencontre décisive de trois femmes “kidnappées” par la résonance d’un événement mémorable, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la “story” américaine pour tenter de saisir ce point de chavirement où l’on tourne le dos à ses origines. Servi par une écriture incisive, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du choix radical et aux procès au parfum d’exorcisme qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille.

« FAIRE UN PAS DE CÔTÉ et laisser à l’actualité ses conclusions, s’en remettre à la fiction, aux lignes droites préférer le motif du pointillé, ces traces laissées par Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst que je découvre lors d’une résidence à Smith College, Massachusetts.
Elles ont dix-sept ans en 1690, quinze ans en 1753 et dix-neuf ans en 1974. Leur point commun : elles choisissent de fausser compa-gnie au futur étroit qu’on leur concoctait et désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des « ennemis de la civilisation » de leur époque, les Natifs américains pour les deux premières, un groupuscule révolutionnaire pour la troisième.
La rencontre est au centre de Mercy, Mary, Patty, la mienne et celle de mes personnages, Violaine et Gene Neveva, avec celle qui, en 1975, tourna brièvement le dos au capitalisme pour se rallier à la cause de ses ravisseurs marxistes : Patricia Hearst.

Sa voix rythme le récit, défait les territoires idéologiques et dévoile l’envers de l’Amérique, elle porte en elle une question qui se transmet de personnage en personnage, question-virus qui se transforme en fonction du corps qui l’accueille : que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on ?
Patricia Hearst met à mal toute possibilité de narration omnisciente, à son épopée ne conviennent que des narrations multiples.
Si mon précédent roman interrogeait la façon dont les systèmes politiques s’affairent autour des corps de jeunes filles, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du chavirement, du choix radical et aux procès qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille, des procès similaires sur trois siècles, au parfum d’exorcisme. Mercy, Mary, Patty est semé du sable des Landes où se déroule le récit, ses grains minuscules enrayent la fiction d’un monde « civilisé » auquel on se devrait de prêter allégeance.’’

Lola Lafon

Une jeune fille qui ne peut penser par elle même. Et, lorsqu’elle prendra des positions personnelles, on parlera alors de lavage de cerveau, de syndrome de Stockholm. Lorsque celle-ci découvre la misère, la pauvreté générée par le capitaliste, ses parents l’abandonnent et pire la considère comme morte! Figure représentative de cette société du « tout est possible, si tu le veux », elle trahit sa classe au passage à l’âge adulte et ne peut se fondre complétement dans une autre, tant elle est marquée par les stigmates de son milieu d’origine!

Pire, ce basculement entrainera la chute de ceux qui lui ont ouverts les yeux. Pourtant, tout à la fin, elle reprendra sa place dans « l’ordre naturel des choses ». Comme les autres personnages reprendront leurs places en ayant juste fait un pas de côté!  

Le poil à gratter vient du personnage de Gene Neveva, sociologue connue pour ses positions marquées contre l’ordre établi et engagée par la famille pour soutenir la défense au procès. La crédule, l’innocence, est représentée par Violaine, pour qui j’ai craint tout au long du livre qu’elle ne reste blessée par cette rencontre. 

Lola Lafon interroge par ses écrits notre position au monde et notre position de femme. Nous sommes dans son histoire, un pied dedans et l’autre dehors: à la fois, en position de prendre parti et à la fois suffisamment en recul pour rester en réflexions! Elle décrit des portraits de femmes étonnants, particulièrement présents qui s’opposent sans jamais se blesser!  La description du cheminement, du moment où ça tangue et où les événements vont inverser le cours du fleuve qui était tout tracé, reste le sujet du roman, pour moi. Comme pour rappeler que tout est possible, mais pas pour le nous politique mais pour le moi, singulier, personnel!

Le style que j’avais déjà découvert dans « la petite communiste qui ne souriait jamais » nous enveloppe de sensations, d’émotions et d’images. Cette sensualité débordante est dense dans l’extrait suivant  « Le vent répandait-il l’odeur des cheveux fins de leurs nuques embrasées et du polyamide des sous-pulls fondu sur les seins, les agrafes métalliques du soutien-gorge des poinçons ardents, ont-ils eu des haut-le-cœur, ceux qui, amassés derrière les barrières de sécurité, sont restés jusqu’au bout devant le bucher, deux mille degrés indigo électronique bleu pétrole bleu de minuit.  » pour expliquer l’horreur de l’assaut de la police pour « délivrer » Patty devenue Tania. 

Premier livre de cette rentrée littéraire de septembre 2017, mais déjà un gros coup de cœur!

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« … est-ce que ça n’est pas parfaitement vrai, » personne ne sera libre tant que nous ne serons pas tous libres, oh, on t’aime, Tania qui fait la nique au FBI, à ses parents, tous les parents, heu, devinez quoi, Tania à flanqué une sacrée torgnole à la petite- bourge geignarde qu’elle était, ça aurait pu être moi, ça pourrait être nous demain, vos filles vos amies vis femmes vos voisines, elle a déserté la route pour la rocaille, elle déclare la première partie du récit terminée, elle crevé l’écran d’un poing levé, adolescente pâlichonne juchée sur les lettres du mot FIN . »

« Vos États-Unis ébrèchent l’Amérique racontée depuis l’enfance par ses parents, leurs souvenirs de soldats libérateurs auréolés d’effluves mentholés, une Amérique de Frigidaires rutilants et de sorcières bien-aimées dénudées sur du velours rouges, qui caresse les cuisses de Marilyn sur les posters » rétro » dont Violaine décore sa chambre. Vos États-Unis sont bringuebalants, ils ont de venimeux grincements de guerre, on y fermé des usines, on y fait la queue pour l’essence, les éditorialistes n’hésitent pas à déclarer le pays  » pris en otage par les Arabes. « 

« … l’anorexie est une arme raffinée mais une arme quand même. Ce qui est désopilant c’est que durant ce temps passé à compter ce qu’on ingère, on ne fabrique ni pensées, livres, musique ou tableau. Mais vous allez fabriquer, j’en suis sûre. Bonne nuit. »

« Elle nous dit pas,Violaine, que ce qu elle ne considère pas comme une maladie est pour elle une façon de se tenir à l’écart d’un monde brouillant et avide, un refuge. »

« Mais qu’elle le sache, Violaine, la résignation coûte chère en amertumes tardives et en regrets. « 

« Elle parlait pour nous.Pour tout ce qu’on notait dans nos carnets et qu’on faisait, les petites humiliations des profs et les lâchetés de nos parents. Tania ne se laissait pas faire, elle. « 

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